Pour un nouveau pacte républicain en faveur du spectacle vivant

Le spectacle vivant public se trouve dans une situation de dĂ©crochage historique. Le paradoxe, c’est que les salles de spectacle et les festivals n’ont jamais accueilli autant de public. Les Ĺ“uvres n’ont jamais autant circulĂ©. Les artistes n’ont jamais autant reflĂ©tĂ© la diversitĂ© des rĂ©cits, des territoires et des expĂ©riences qui composent notre sociĂ©tĂ©. Le spectacle vivant dĂ©montre sa capacitĂ© Ă  produire du lien, de la rĂ©flexion et du dĂ©bat dans une Ă©poque dominĂ©e par les logiques de fragmentation et les interactions virtuelles. Et pourtant, les conditions qui rendent cette vitalitĂ© possible n’ont jamais Ă©tĂ© aussi violemment attaquĂ©es : coupes budgĂ©taires inĂ©dites dans leur ampleur et leur brutalitĂ©, annulations de spectacles pour des raisons politiques, remise en cause de la libertĂ© de crĂ©ation pourtant garantie par la loi, dĂ©veloppement de formes d’autocensure nourries par des pressions de plus en plus assumĂ©es. Nous assistons aujourd’hui Ă  une destruction mĂ©thodique des capacitĂ©s de crĂ©ation, de production et de diffusion des Ĺ“uvres et, derrière elles, du modèle culturel français lui-mĂŞme. Pourtant, les emplois de la culture sont non dĂ©localisables. Ils sont prĂ©sents partout sur le territoire. Ils participent directement Ă  la vitalitĂ© Ă©conomique, sociale et dĂ©mocratique des villes, des quartiers, des mĂ©tropoles comme des espaces ruraux. Et les festivals, qui sont aujourd’hui une des fiertĂ©s culturelles de notre pays, sont une dĂ©monstration Ă©vidente de ce que la culture peut avoir comme impact sur la vitalitĂ© d’un territoire. Or, sans les Ă©quipes artistiques et les scènes publiques, aucun festival n’est possible. Si ces manifestations peuvent encore se tenir cet Ă©tĂ©, c’est parce que ces structures le permettent. Car les festivals ne produisent pas seuls les Ĺ“uvres qu’ils prĂ©sentent. Ils dĂ©pendent des accueils en rĂ©sidences, des coproductions et des investissements rĂ©alisĂ©s, ailleurs, tout au long de l’annĂ©e. C’est prĂ©cisĂ©ment cet Ă©cosystème qui est attaquĂ©. Et les festivals ne pourront se dĂ©rouler sans se faire l’Ă©cho de cette rĂ©alitĂ©. L’État qui devrait ĂŞtre le garant de l’égalitĂ© territoriale et d’une ambition culturelle nationale, demeure trop souvent silencieux face Ă  ces attaques. Pire, il y contribue en baissant ses crĂ©dits violemment. Cela ne rĂ©pond Ă  aucune logique, quand on sait que la culture reprĂ©sente moins de 70 centimes sur 100 euros de dĂ©penses publiques. 0,7% : une part infime au regard des dĂ©bats qu’elle suscite et dĂ©risoire au regard des effets qu’elle produit. Ă€ l’heure oĂą les dĂ©mocraties sont confrontĂ©es Ă  la montĂ©e des extrĂŞmes droites, Ă  la fragmentation du dĂ©bat public et Ă  la dĂ©fiance gĂ©nĂ©ralisĂ©e, nous affirmons qu’affaiblir ces institutions constitue une erreur historique. Nous refusons donc d’être les exĂ©cutants de dĂ©cisions et de renoncements que nous condamnons. Nous refusons que les directrices et directeurs de lieux, les responsables de festivals et les Ă©quipes artistiques soient chargĂ©s d’arbitrer quels emplois devront disparaĂ®tre, quels projets devront ĂŞtre abandonnĂ©s ou quels artistes ne pourront plus ĂŞtre accompagnĂ©s, sans avoir jamais Ă©tĂ© associĂ©s aux dĂ©cisions qui conduisent Ă  ces choix. Sauvegarder ce patrimoine de la crĂ©ation, constituĂ© de scènes publiques et de compagnies implantĂ©es sur les territoires, ne consiste pas seulement Ă  entretenir des bâtiments, ou Ă  prĂ©server une offre culturelle. L’essentiel est de renouer avec la conviction que l’art et la culture reprĂ©sentent une force agissante dans notre dĂ©mocratie, qui permet aux personnes, dans leur ensemble et leurs diversitĂ©s, d’échapper Ă  toute forme d’aliĂ©nation Ă  une pensĂ©e unique. Alors que nous traversons une crise politique et Ă©conomique majeure et que les prochaines Ă©chĂ©ances Ă©lectorales seront dĂ©cisives, nous affirmons l’urgence de mettre en place une large concertation qui permettra de redonner du sens et un cap Ă  notre service public. Ă€ cette fin, nous demandons la mise en Ĺ“uvre immĂ©diate d’un moratoire sur les rĂ©ductions budgĂ©taires affectant le spectacle vivant. C’est la condition sine qua non de la rĂ©alisation d’un diagnostic sĂ©rieux prĂ©alable Ă  toute rĂ©flexion et toute nouvelle dĂ©cision. Nous demandons ensuite, au Premier Ministre, la crĂ©ation d’une cellule de crise interministĂ©rielle chargĂ©e de coordonner l’action de l’ensemble des ministères concernĂ©s par la transversalitĂ© de la politique culturelle (Culture, Éducation nationale, Économie, CohĂ©sion des territoires, IntĂ©rieur, Tourisme, Travail). Cette commission aura pour objectif de proposer, en concertation avec les organisations professionnelles, un nouveau pacte rĂ©publicain capable de soutenir une refondation ambitieuse de notre politique culturelle. Nous demandons Ă©galement la mise en place d’une confĂ©rence permanente associant l’État, les collectivitĂ©s territoriales et les reprĂ©sentants du secteur culturel. Les collectivitĂ©s sont aujourd’hui les premiers financeurs de la culture. Elles doivent ĂŞtre pleinement associĂ©es Ă  la dĂ©finition d’une stratĂ©gie nationale et Ă  la prĂ©servation d’un bien commun qui dĂ©passe largement les frontières administratives de chaque territoire. Nous demandons enfin que ces concertations conduisent Ă  l’ouverture d’un plan national de refinancement du service public de la culture. Ce plan devra s’appuyer sur l’engagement de l’État au travers d’une hausse de son budget pour la culture, sur un desserrement des contraintes pesant sur les collectivitĂ©s territoriales et sur de nouveaux leviers de financement : territorialisation du mĂ©cĂ©nat afin que les richesses créées localement bĂ©nĂ©ficient davantage au financement du service public de la culture dans les territoires ; crĂ©ation d’un fonds exceptionnel de sauvegarde du spectacle vivant ; renforcement des mĂ©canismes de solidaritĂ© entre territoires ; soutien accru Ă  la diffusion et Ă  la circulation des Ĺ“uvres ; dĂ©fense active de cet Ă©cosystème Ă  l’échelle europĂ©enne.

Questionnaire d’engagements Municipales 2026 : rĂ©sultats cartographiĂ©s

La campagne intersyndicale engagée en amont du scrutin a permis d’interpeller 600 têtes de liste et de rendre publics les engagements de 236 candidates et candidats. Elle constitue désormais un point d’appui pour le suivi des orientations prises dans les territoires et pour nourrir le dialogue avec les équipes nouvellement élues. carte des résultats Cette carte disponible sur le site Culture et Municipales 2026 propose une lecture territorialisée des engagements des candidats aux élections municipales en matière de politique culturelle. Elle constitue à la fois un outil d’information, de mise en visibilité et d’appui au débat public, en offrant dès le premier regard une distinction entre les villes où des réponses ont été obtenues et celles où les candidats sollicités ne se sont pas exprimés. L’interpellation ne visait pas l’exhaustivité : un panel de villes a été sélectionné par les délégations régionales des trois syndicats formant l’USEP-SV (Syndeac, Scène ensemble, Les Forces Musicales). voir la carte Une interpellation dense et mobilisatrice La campagne a rencontré un écho significatif auprès des listes candidates. 407 réponses ont été recueillies, dont 236 questionnaires complets et 168 réponses partielles, soit 68 % du panel initialement interpellé. Au-delà même des listes ciblées initialement, la campagne a largement circulé : plusieurs listes candidates ont répondu spontanément au questionnaire, preuve de la visibilité de l’initiative et de son appropriation par les équipes de campagne. Dans plusieurs villes – notamment Lille, Paris, Strasbourg, Metz, Nantes, Caen ou Lyon – l’ensemble des listes interpellées a répondu au questionnaire, et les réponses ont servi d’appui à des rencontres et des débats publics réunissant professionnels de la culture et candidats. L’analyse des réponses montre par ailleurs que les listes de gauche et d’extrême gauche ont très majoritairement pris part à la démarche, traduisant une forte attention de ces formations aux enjeux portés par le secteur culturel. Sur les 236 réponses complètes, la répartition politique des listes répondantes s’effectuent selon les pourcentages suivants : 10,8% des réponses sont rattachées à des listes de droite ; 8,6% des réponses rattachées des listes du centre ; 71,5% à des listes de gauche ; et 9,1% sans étiquette. CONVERGENCES ET POINTS DE CLIVAGE Les réponses recueillies font apparaître un socle d’accords très large, tout en révélant des lignes de fracture nettes sur certains sujets structurants. D’un côté, les convergences sont nombreuses et massives. La reconnaissance de la culture comme service public essentiel fait quasi unanimité (98 %), au même titre que l’éducation, la santé ou l’environnement. Cette adhésion se traduit également par des engagements concrets : 95 % des listes s’engagent à garantir un accès à une offre culturelle professionnelle à moins de 30 minutes, et 99 % à soutenir durablement les résidences d’artistes et les projets culturels dans les milieux éducatif, social ou médico-social. La liberté de création fait également l’objet d’un soutien très large (98 %), souvent associée à la nécessité de préserver l’autonomie artistique et le pluralisme. Ces éléments traduisent une reconnaissance partagée du rôle de la culture dans la cohésion sociale et territoriale, ainsi que de sa place dans les politiques publiques locales. D’un autre côté, plusieurs points de clivage apparaissent nettement. La question des financements constitue le principal marqueur politique. Si 95 % des listes s’engagent à maintenir les budgets culturels, seules 57 % envisagent une augmentation, et une part importante (37 %) ne se prononce pas. Entre volontarisme affirmé et prudence budgétaire, les positions divergent fortement, certaines listes conditionnant leurs engagements à l’état futur des finances locales. La liberté de création, bien que largement affirmée, révèle également des nuances. Certaines réponses introduisent des conditions — notamment liées à l’ordre public — ou expriment des réserves quant à une possible dimension militante des lieux culturels. Par ailleurs, 10 % des listes ne s’engagent pas explicitement à ne pas conditionner les subventions à des critères esthétiques, moraux ou politiques, laissant entrevoir des formes potentielles d’ingérence. Ainsi, derrière un consensus de principe solide, les réponses dessinent des orientations contrastées dès lors qu’il s’agit de moyens, de priorités ou de cadres d’intervention publique. RÉPARTITION DES RÉSULTATS QUESTION PAR QUESTION Chaque carte associe un intitulé synthétique, le libellé complet de la question et la répartition des réponses consolidées. Choisir une question Parcourir toutes les questions Faites défiler horizontalement pour parcourir l’ensemble des cartes

Débat | Services publics : inégalités territoriales, solutions locales ?

27 novembre 2025 Le Carreau du Temple, Paris DĂ©bat animĂ© par Nicolas Herbeaux InvitĂ©s : Claire HĂ©don, DĂ©fenseur des droits ; Geoffrey Renimel, dĂ©lĂ©guĂ© national Quart-Monde ; ValĂ©rie Masson-Delmotte, climatologue ; Isabelle Dugelet, maire de la Gresle ; le collectif Nos services publics.  Jeudi 27 novembre, le Carreau du Temple a accueilli Ă  Paris le dernier dĂ©bat de notre campagne « Les services publics entrent en scène ». LancĂ©e en juin Ă  Montluçon avec le collectif Nos services publics et LibĂ©ration, cette sĂ©rie de rencontres visait Ă  ouvrir, partout en France, des espaces de dialogue sur la place et l’avenir des services publics. Photo 📸 Sevana Holst replay compte-rendu DĂ©fendre les droits des usagers et usagères, c’est dĂ©fendre les services publics Pour ouvrir la soirĂ©e, Claire HĂ©don, DĂ©fenseure des droits, a rappelĂ© les missions qui lui sont confiĂ©es par la loi. Outre la dĂ©fense des libertĂ©s et des droits de chaque individu et la lutte contre les discriminations Ă  cet Ă©gard, la DĂ©fenseure des droits a Ă©galement comme prĂ©rogative la promotion de ces mĂŞmes droits : Ă  l’aspect individuel (rĂ©clamation ou demande de telle personne ou telle autre) s’ajoute une dimension collective. Cela autorise la DĂ©fenseure des droits Ă  mener des recherches, Ă  rendre des rapports au Parlement, etc. Cette mission est Ă  la fois moins connue et, naturellement, plus crispante pour le politique qui n’aime pas toujours qu’une autoritĂ© indĂ©pendante Ă©claire des manquements et indique la voie Ă  suivre pour que l’égalitĂ© des droits soit respectĂ©e. De fait, les derniers rapports de Claire HĂ©don et de ses Ă©quipes soulignent que “la fragilisation et l’éloignement des services publics, liĂ©s Ă  une dĂ©matĂ©rialisation excessive et Ă  un dĂ©sengagement de l’État dans les territoires, conduisent immanquablement Ă  une fragilisation et Ă  un Ă©loignement des droits.” InĂ©galitĂ©s territoriales, inĂ©galitĂ©s patrimoniales, rapports de force Le collectif Nos Services publics a ensuite prĂ©sentĂ© 4 cartes blanches passionnantes, entre dĂ©mystification d’idĂ©es reçues et cas d’étude local, basĂ©es sur le rapport annuel du collectif. On peut notamment retenir : qu’un maillage territorial dense des services publics sur tout le territoire n’est pas suffisant pour garantir un accès universel et donc une Ă©galitĂ© des droits ; que l’accès aux services publics est conditionnĂ©, comme pour d’autres prestations non publiques, par les freins Ă©conomiques, culturels et sociaux ; que les services publics ne sont donc pas “un patrimoine pour ceux qui n’en ont pas” ;qu’à titre d’exemple, seuls 9% des enfants issus de familles modestes vont en crèche contre 68% des enfants issus de familles aisĂ©es ; qu’il faudrait changer les rapports de force au sein des gouvernances des services publics pour que le paradoxe de la mobilisation – les habitantes et habitants les mieux dotĂ©s en services publics se mobilisent davantage pour les dĂ©fendre et, donc, les orientent – n’existe plus.   Transport, santĂ©, logement, rĂ©chauffement climatique : quelles solutions locales ? “Des maisons de services aux publics, il y en a partout, dans toutes les villes de France : c’est la mairie”. C’est ainsi qu’Isabelle Dugelet, maire de la petite commune rurale de La Gresle dans la Loire, a entamĂ© le dĂ©bat. Si des services publics ferment, les mairies, elles, sont toujours lĂ  : “des gens viennent Ă  tout moment parce qu’ils rencontrent une difficultĂ© dans une dĂ©marche quelconque : une facture de tĂ©lĂ©phone perdue, un avis d’imposition qu’ils doivent envoyer par internet, etc.” La mairie reste un repère pour les habitantes et habitants, parfois le seul lien stable Ă  qui ĂŞtre rattachĂ©. Isabelle Dugelet a ainsi racontĂ© qu’elle Ă©tait souvent le contact d’urgence de personnes seules de son village, l’obligeant par exemple Ă  aller chercher quelqu’un Ă  l’hĂ´pital Ă  21h30 après une opĂ©ration, faute de transport public et faute de chambres en nombre suffisant Ă  l’hĂ´pital. Un symbole du croisement des enjeux des diffĂ©rents services publics et de leurs rĂ©percussions concrètes. De la mĂŞme manière, le rĂ©chauffement climatique est un sujet qui traverse les services publics et qui impacte l’accès aux diffĂ©rents droits des citoyennes et citoyens. ValĂ©rie Masson a soulignĂ© Ă  cet Ă©gard que la Cour internationale de justice (CIJ) avait expressĂ©ment mis en lien “la protection du système climatique et la protection du droit humain”. Elle a plaidĂ© pour la mise en oeuvre d’un nouveau contrat social qui penserait la protection des personnes face aux enjeux climatiques, mettant en lien les politiques publiques “classiques” (social, santĂ©, Ă©ducation, culture…) et les politiques publiques climatiques. Ces constats ont Ă©tĂ© enrichis par le tĂ©moignage de Geoffrey Renimel, dĂ©lĂ©guĂ© national d’ATD Quart-Monde : la grande prĂ©caritĂ© est par nature transversale. “Au sein des diffĂ©rentes dimensions de la pauvretĂ©, la dĂ©possession du pouvoir d’agir est très forte” a soulignĂ© Geoffrey Renimel : quand on ne peut pas aller chez le mĂ©decin sans l’aide de la famille ou quand on ne peut pas accĂ©der Ă  un logement sans l’aide d’une association, l’inĂ©galitĂ© d’accès aux services publics et l’inĂ©galitĂ© d’usage de ces services se doublent d’un sentiment de dĂ©pendance. Les services publics, ça vaut le coĂ»t ! Merci aux intervenantes et intervenants, aux interprètes LSF, aux habitant·es qui ont rempli la salle, Ă  l’équipe du Carreau du Temple. articles du dossier libĂ©ration LibĂ©ration s’est associĂ© au Syndeac pour couvrir les dĂ©bats « Les services publics entrent en scène ! » et proposer des articles en lien avec le thème de chacun d’eux dans un dossier intitulĂ© Quels services publics pour la France de demain ? Compte rendu | Des services publics qui valent le coĂ»t LIRE L’ARTICLE Editorial | Services publics : le souci de l’autre LIRE L’ARTICLE

Débat | Information, sciences et complotisme

24 novembre 2025 La Manufacture, Nancy DĂ©bat animĂ© par Pauline Josse InvitĂ©s : ValĂ©rie Masson, climatologue ; Anna Zielinska, maĂ®tresse de confĂ©rences en philosophie morale, du droit et politique (UniversitĂ© de Lorraine) ; Thomas C. Durand, aka La Tronche en Biais sur Youtube, vice-prĂ©sident de l’ASTEC (Association pour la science et la transmission de l’esprit critique) Lundi 24 novembre, la Manufacture – Centre dramatique national de Nancy, en partenariat avec le CCAM – scène nationale de Vandoeuvre-lès-Nancy, a accueilli le 7e dĂ©bat de notre campagne « Les services publics entrent en scène ». Ce cycle de rencontres a pour ambition d’ouvrir, partout en France, des espaces de dialogue autour de la place et de l’avenir des services publics. Photo 📸 Sevana Holst replay compte-rendu Que croire ? Qui croire ? Alors que l’accès Ă  l’information s’est dĂ©mocratisĂ© au dĂ©but des annĂ©es 2000 avec internet, les rĂ©seaux sociaux et les chaĂ®nes d’information en continu ont depuis dĂ©multipliĂ© les canaux par lesquels la population s’informe mais aussi le nombre de personnes susceptibles de produire et/ou relayer de l’information, bien au-delĂ  des universitaires et des personnes qualifiĂ©es dans leur domaine. Face Ă  cette massification de l’information,, Ă  qui et Ă  quoi faire confiance ? Des fausses informations aux thĂ©ories du complot Les fictions qui se jouent sur les scènes des théâtres ont notamment pour but d’éclairer le rĂ©el. Mais aujourd’hui, certaines rĂ©alitĂ©s peuvent sembler fictionnelles. L’outrance de certaines phrases, par exemple sur le rĂ©chauffement climatique, interroge : quand Donald Trump en parle comme de “la plus grande escroquerie du monde”, sa responsabilitĂ© dans la propagation de thĂ©ories complotistes est directe. En France, quand le nouveau prĂ©sident de la Coordination rurale indique qu’il faut “faire la peau aux Ă©colos”, il dĂ©signe l’écologie comme principale source des problèmes rencontrĂ©s par les agriculteurs. Ses propos, repris dans de nombreux mĂ©dias sans modĂ©ration ou tentative d’analyse, charrient avec eux un imaginaire factice, propice Ă  la dĂ©sinformation et, in fine, aux thĂ©ories du complot. Distinguer les personnes qui produisent des fausses informations de celles qui les relaient est essentiel. Elles n’ont pas forcĂ©ment les mĂŞmes intentions. Certaines n’ont d’ailleurs aucune intention ou volontĂ© de nuire ou de dĂ©sinformer. Un grand groupe industriel qui soutient un candidat Ă  la PrĂ©sidence en vantant le mĂ©rite des Ă©nergies fossiles n’a pas le mĂŞme objectif qu’une personne relayant son “doute” sur le rĂ©chauffement climatique car il a neigĂ© le 5 avril. Douter est humain, normal, logique. Face au doute, c’est notre esprit critique qu’il faut exercer, entraĂ®ner : quelle personne dit quoi ? pourquoi le fait-elle ? quelles sources mobilise-t-elle ? Les intervenant(e)s ont soulignĂ© que certaines parties de la population qui ont connu ou connaissent des formes d’injustices, peuvent ĂŞtre plus promptes Ă  douter du “rĂ©cit officiel” : elles soupçonnent que quelqu’un leur en veut ou leur cache la vĂ©ritĂ©. Les thĂ©ories du complot prospèrent notamment parce qu’elles simplifient le monde (un Grand MĂ©chant contre “nous”) et suppriment le doute. Face au “bon sens” souvent mis en avant par les complotistes, opposer les rĂ©sultats des dernières recherches en sciences sociales est complexe. Le monde dans lequel nous Ă©voluons est complexe. Le rĂ©chauffement climatique est un phĂ©nomène complexe ; la pandĂ©mie de COVID est un phĂ©nomène complexe. Face Ă  la complexitĂ©, le choix “facile” pourrait aussi ĂŞtre, humblement, de ne pas savoir, de ne pas avoir d’avis. Comment rĂ©agir face Ă  un discours complotiste ? Comment dialoguer et tenter de convaincre l’autre que ce qu’il ou elle croit est faux ? La problĂ©matique du complot, c’est qu’il est irrĂ©futable : s’il y a une preuve allant contre la thĂ©orie, c’est un faux ; s’il n’y a pas de preuve contradictoire, c’est donc que le complot existe.Au niveau individuel, l’un des conseils donnĂ©s par le panel est, en face Ă  face, de prendre le temps d’écouter toute l’argumentation de la personne, de reformuler sa thĂ©orie pour s’assurer qu’on comprend bien ce qu’elle veut dire, puis de prendre ses arguments un par un. L’idĂ©e n’est pas d’apporter soi-mĂŞme des arguments et sources : ils seront toujours rĂ©futĂ©s. Mais d’interroger les sources et arguments de l’autre : pourquoi crois-tu cette personne ? a-t-elle un parcours qui lĂ©gitime un peu sa parole ? s’est-elle trompĂ©e dans le passĂ© sur d’autres sujets ? Un dĂ©bat qui a permis de revaloriser l’esprit critique, l’incertitude, la recherche scientifique. Merci aux intervenantes et intervenants, aux interprètes LSF, au public qui a rempli la salle, aux personnes qui ont suivi le dĂ©bat sur Youtube, et aux Ă©quipes des deux théâtres. articles du dossier libĂ©ration LibĂ©ration s’est associĂ© au Syndeac pour couvrir les dĂ©bats « Les services publics entrent en scène ! » et proposer des articles en lien avec le thème de chacun d’eux dans un dossier intitulĂ© Quels services publics pour la France de demain ? Tribune | Les universitĂ©s : espaces de science, creusets de dĂ©mocratie LIRE L’ARTICLE Tribune | Information, sciences, complotisme : que croire ? LIRE L’ARTICLE EnquĂŞte | Fake news, manipulations, idĂ©ologies… Retour vers le «1984» d’Orwell LIRE L’ARTICLE Entretien croisĂ© | Sur le climat, «un enjeu d’information et de dĂ©sinformation» LIRE L’ARTICLE

Débat | Culture et rénovation urbaine : un même combat pour l’égalité

13 octobre 2025 Le PhĂ©nix, Valenciennes DĂ©bat animĂ© par Nicolas Herbeaux InvitĂ©s : Antoine Billaud, directeur artistique Compagnie XY ; Pascal Lebrun Cordier, auteur de « La ville relationnelle » ; Marie Cornillon, PrĂ©sidente Soc. Immo. Grand Hainaut Lundi 13 octobre, le PhĂ©nix – scène nationale de Valenciennes a accueilli le 6e dĂ©bat de notre campagne « Les services publics entrent en scène ». Ce cycle de rencontres a pour ambition d’ouvrir, partout en France, des espaces de dialogue autour de la place et de l’avenir des services publics. Photo 📸 Julien Derouet replay compte-rendu L’accès Ă  la culture et aux projets artistiques – au mĂŞme titre que l’école, la santĂ© ou les transports – est une condition du droit Ă  la ville et un facteur de dĂ©mocratie urbaine. La rĂ©novation urbaine vise Ă  rĂ©parer les inĂ©galitĂ©s sociales et territoriales tout en rĂ©affirmant la place de la culture comme un service public essentiel. La culture est en effet un droit fondamental inscrit dans la DĂ©claration universelle des droits de l’homme de 1948, et dans la loi relative Ă  la libertĂ© de la crĂ©ation, Ă  l’architecture et au patrimoine de 2016. Ces droits affirment la reconnaissance de la dignitĂ© et de la diversitĂ© des habitantes et habitants. Les projets artistiques deviennent ainsi des instruments d’encapacitation : ils renforcent la capacitĂ© Ă  comprendre, Ă  agir et Ă  participer Ă  la fabrique de la ville. Urbanisme et culture : co-construction et mĂ©moire Les artistes, structures culturelles et bailleurs mettent en place des expĂ©rimentations de co-construction du territoire Ă  travers des dĂ©marches “sensibles”. Dans ses projets, Pascal Lebrun Cordier (In Vivo) effectue des enquĂŞtes “sensibles/sans cibles”, complĂ©mentaires aux enquĂŞtes classiques, par l’observation, l’écoute, le recueil de la mĂ©moire et des Ă©motions invisibles de la ville (couleurs, sons, rythmes, traces). De son cĂ´tĂ©, la Compagnie XY engage les habitantes et habitants dans des crĂ©ations collectives oĂą le corps, le geste et la rencontre deviennent des outils d’urbanisme poĂ©tique. Leurs projets – comme “Nos bords du monde” – explorent le quartier Ă  partir de l’école, puis diffusent la crĂ©ation dans l’espace public. Ces expĂ©riences montrent que l’art agit comme rĂ©vĂ©lateur de la mĂ©moire urbaine, accompagne les transformations humaines et tente de rĂ©parer les liens fragilisĂ©s. Modifier lĂ©gèrement le rĂ©el : une approche humble d’une politique culturelle de la ville Les bailleurs sociaux ont une approche globale et sur mesure de leurs projets, en s’appuyant sur la diversitĂ© des quartiers et sur la participation active des personnes qui y habitent. L’enjeu n’est plus seulement de “refaire la ville”, mais de refaire sociĂ©tĂ©. Les projets culturels permettent ainsi de travailler, par exemple, le deuil des quartiers dĂ©molis, de prĂ©server la mĂ©moire collective et de rendre les habitantes et habitants fiers de leur territoire. La culture rĂ©introduit du sensible dans l’espace urbain : elle replace l’humain au centre des politiques de la ville. Les projets artistiques perturbent lĂ©gèrement le rĂ©el, ouvrent des espaces de dialogue et de dissensus nĂ©cessaires Ă  la dĂ©mocratie. Ils rendent visible ce qui relie les habitants : corps, Ă©motions, mĂ©moire. Faire la ville par la culture, c’est construire des lieux d’égalitĂ©, oĂą chaque personne devient porteuse de culture. articles du dossier libĂ©ration LibĂ©ration s’est associĂ© au Syndeac pour couvrir les dĂ©bats « Les services publics entrent en scène ! » et proposer des articles en lien avec le thème de chacun d’eux dans un dossier intitulĂ© Quels services publics pour la France de demain ? DĂ©bat | La vie culturelle, «une affaire de temps» 10 octobre 2025 LIRE L’ARTICLE Tribune | Culture et rĂ©novation urbaine : mĂŞme combat pour la vi(ll)e 11 octobre 2025 LIRE L’ARTICLE Tribune | Nous empruntons la culture Ă  nos enfants 12 octobre 2025 LIRE L’ARTICLE

Débat | Les défis du service public de la santé : excellence thérapeutique et soins pour tous

6 octobre 2025 La CriĂ©e Ă  Marseille DĂ©bat animĂ© par Nicolas Herbeaux InvitĂ©s : Arnaud Bontemps, conseiller rĂ©fĂ©rendaire Ă  la Cour des Comptes et fondateur du collectif nos services publics ; Robin Renucci, metteur en scène et directeur du CDN de la CriĂ©e ; CĂ©line Gabarro, chercheuse ; Claude MarblĂ©, docteur Ă  l’APHM ;Violaine Forissier, onco-radiothĂ©rapeuthe ; Laetitia Padovani, docteure Ă  l’APHM La citĂ© phocĂ©enne a Ă  son tour accueilli le Syndeac et le collectif Nos Services Publics pour le cinquième dĂ©bat de la campagne Les services publics entrent en scène. C’est au cĹ“ur du Théâtre de la CriĂ©e que s’est dĂ©roulĂ©e cette soirĂ©e d’échanges passionnants sur le service public de la santĂ©. Photo 📸 Clement Mirlocca ÉCOUTEZ LE DÉBAT compte-rendu “Peut-on considĂ©rer que la santĂ© en France est un service public en tant qu’il apporte Ă  toutes et tous la satisfaction d’un besoin reconnu comme essentiel par la sociĂ©tĂ© ?” Première question posĂ©e par Arnaud Bontemps, fondateur et co-porte parole du collectif Nos Services Publics. L’occasion d’interroger la marchandisation du secteur et sa mise en concurrence avec des acteurs privĂ©s. Une marchandisation responsable de nombreuses entraves Ă  l’égalitĂ© d’accès de toutes et tous aux soins, Ă©tudiĂ©es par CĂ©line Gabarro, sociologue et enseignante Ă  l’UniversitĂ© de Lille. LaĂ«titia Padovani et Claude Marble, docteurs Ă  l’APHM, ont soulignĂ© l’engagement des soignantes et des soignants de tous les corps de mĂ©tiers de la santĂ© pour la prise en soins universelle. Violaine Forrissier, onco-radiothĂ©rapeuthe, a rappelĂ© que poser la question de l’accès aux soins dĂ©passe le seul espace de l’hĂ´pital mais concerne tous les soignants externes qui concourent Ă  l’amĂ©lioration du bien-ĂŞtre et la prĂ©vention. En ce sens, les lieux de culture, de partage et de lien social tel que le Théâtre de la CriĂ©e participent Ă  cet effort d’hospitalitĂ© et de soin de soi et des autres. Son directeur, Robin Renucci, a insistĂ© sur cette interdĂ©pendance entre le service public de la culture et de la santĂ©. Nous tenons Ă  remercier Lou et Julie, interprètes en langue des signes française, qui ont signĂ© l’ensemble du dĂ©bat. Nous tenons Ă©galement Ă  remercier toute l’équipe du Théâtre de la CriĂ©e pour leur accueil et leur engagement Ă  nos cĂ´tĂ©s. Enfin, un grand merci Ă  Nicolas Herbeaux, journaliste et producteur Ă  France Culture, pour l’animation de ce dĂ©bat d’une très grande richesse. articles du dossier libĂ©ration LibĂ©ration s’est associĂ© au Syndeac pour couvrir les dĂ©bats « Les services publics entrent en scène ! » et proposer des articles en lien avec le thème de chacun d’eux dans un dossier intitulĂ© Quels services publics pour la France de demain ? Tribune | Des soins et services de santĂ© accessibles Ă  tous ? 6 octobre 2025 LIRE L’ARTICLE Tribune | La santĂ© ne devrait-elle pas ĂŞtre un service public ? 6 octobre 2025 LIRE L’ARTICLE Interview croisĂ©e «Le soin, ce n’est pas seulement l’hĂ´pital ou la santĂ©, mais aussi l’éducation, le transport, l’écologie…» 8 octobre 2025 LIRE L’ARTICLE Compte rendu La santĂ©, avant tout une question collective 9 octobre 2025 LIRE L’ARTICLE

DĂ©bat | Ă€ quand un service public de l’Ă©ducation artistique et culturelle ?

1er octobre 2025 Théâtre Molière → Sète DĂ©bat animĂ© par Sandrine Mini InvitĂ©s : BĂ©atrice Dernis, universitaire et chercheuse ; Emmanuel Ethis, dĂ©lĂ©guĂ© interministĂ©riel ; Fabrice Melquiot, artiste EAC ; Julie Pereira, chercheuse Le 1er octobre, ce fut au tour du Théâtre Molière de Sète d’accueillir une après-midi d’échanges et de dĂ©bats sur l’éducation artistique et culturelle (EAC), dans le cadre de notre campagne Les services publics entrent en scène. Le partage d’expĂ©rience d’actrices et d’acteurs de l’EAC, croisĂ© avec les tĂ©moignages des Ă©lèves, a permis d’en interroger concrètement les enjeux. Photo 📸 Didier Garnier ÉCOUTEZ LE DÉBAT compte-rendu C’est en compagnie de l’artiste Fabrice Melquiot et de l’enseignante BĂ©atrice Dernis que les Ă©lèves prĂ©sents dans la salle ont tĂ©moignĂ© de leurs parcours d’éducation artistique et culturelle. Des rĂ©cits qui ont mis en lumière tous les bĂ©nĂ©fices de cette initiation Ă  l’art et de cette rencontre avec les Ĺ“uvres et les artistes. Ă€ l’appui des 10 rĂ©solutions de la Charte pour l’éducation artistique et culturelle de 2016, le dĂ©lĂ©guĂ© interministĂ©riel Emmanuel Éthis a plaidĂ© pour le dĂ©ploiement d’une politique ambitieuse basĂ©e sur les fondements mĂŞme de l’EAC. Une volontĂ© partagĂ©e par les actrices et acteurs du secteur mais qui se confronte Ă  de vives difficultĂ©s de dĂ©ploiement. Nous pensons notamment Ă  la mise en place du Pass Culture, qui pose de nombreux problèmes dans sa dĂ©clinaison individuelle comme collective. Le Pass Culture crĂ©e par exemple un appel d’air en incitant de nombreuses collectivitĂ©s territoriales Ă  se dĂ©sengager des politiques d’éducation artistique et culturelle qu’elles menaient, s’appuyant dorĂ©navant sur le seul Pass Culture. La chercheuse Julie Pereira a rappelĂ© que les actions d’EAC font rĂ©gulièrement l’objet de vastes communications qui ne prĂ©sument pas de leurs rĂ©ussites auprès des Ă©lèves ni de leur pertinence. L’EAC n’est pas une solution magique Ă  tous les problèmes, nĂ©cessite de l’engagement sur le temps long et des objectifs adaptĂ©s aux enfants et Ă  leur environnement. Par-dessus tout, il ne faut pas ignorer que l’EAC fait l’objet de tensions entre les ministères de l’Éducation et de la Culture qui en ont la responsabilitĂ© conjointe et que l’insuffisance des budgets qui lui sont consacrĂ©s rend difficilement tenable la poursuite d’actions pertinentes. Nous tenons Ă  remercier Julie Mollet et Cyril Ferrieu, interprètes en langue des signes française qui ont signĂ© l’ensemble du dĂ©bat. Une prĂ©sence qui a notamment ouvert la question de l’accès Ă  l’éducation artistique et culturelle mais aussi des Ĺ“uvres d’art pour les personnes sourdes. Nous remercions Ă©galement le Théâtre Molière pour son accueil et son engagement Ă  nos cĂ´tĂ©s et tout particulièrement sa directrice, Sandrine Mini, qui a animĂ© ce dĂ©bat. articles du dossier libĂ©ration LibĂ©ration s’est associĂ© au Syndeac pour couvrir les dĂ©bats « Les services publics entrent en scène ! » et proposer des articles en lien avec le thème de chacun d’eux dans un dossier intitulĂ© Quels services publics pour la France de demain ? Focus | EAC : «Faire Ă©voluer des pratiques pĂ©dagogiques» 30 septembre 2025 LIRE L’ARTICLE Analyse | Quelles missions pour l’éducation artistique et culturelle ? 30 septembre 2025 LIRE L’ARTICLE

DĂ©bat | La relation police-justice fragilisĂ©e, symbole d’une dĂ©mocratie en danger ?

1er octobre 2025 Le Théâtre, Saint-Nazaire DĂ©bat animĂ© par Nicolas Herbeaux InvitĂ©s : Lorraine de Sagazan, artiste ; Lucia Argibay, magistrate (syndicat de la magistrature) ; Lahoucine Ait-Ben-Idir, directeur d’un Centre Ă©ducatif fermĂ© (CEF) ; Laurence Dumoulin, chercheuse ; Fabien Jobard, sociologue   Pour son premier rendez-vous de la saison, Le Théâtre, scène nationale de Saint-Nazaire a accueilli mercredi 1er octobre, un grand dĂ©bat autour des services publics de la justice et de la police. Retour sur cet Ă©vĂ©nement qui s’inscrit dans le cycle « les services publics entrent en scène ».  ÉCOUTEZ LE DÉBAT compte-rendu Police rĂ©pressive ou violence lĂ©gitime ? Justice laxiste, ou au contraire trop autoritaire ? Justice Ă  deux vitesses, trop lente ou trop rapide ? Les tĂ©moignages des habitantes et habitants, recueillis sur des bouts de papiers anonymes avant le dĂ©bat, ont illustrĂ© la variĂ©tĂ© de reprĂ©sentations que les citoyens et citoyennes se font de ces deux services publics. Durant plus de deux heures et devant un auditoire captif, Fabien Jobard, Lahoucine AĂŻt Ben Idir, Lorraine de Sagazan, Laurence Dumoulin, Lucia Argibay, ont fait Ĺ“uvre de grande pĂ©dagogie. Services publics abĂ®mĂ©s, miroir grossissant des inĂ©galitĂ©s Nos perceptions de la police et de la justice sont parsemĂ©es de paradoxes. Les mouvements sociaux des dix dernières annĂ©es, Ă©maillĂ©s de dĂ©rives et de violences policières, ont terni l’image de l’institution qui n’en reste pas moins très apprĂ©ciĂ©e dans l’opinion publique. Certaines recherches vont mĂŞme plus loin : moins l’usager et l’usagère sont confrontĂ©s Ă  la police et plus il ou elle l’apprĂ©cie. Idem pour la justice, oĂą la violence institutionnelle – parfois insoupçonnĂ©e – Ă©clate au grand jour quand on y est confrontĂ© pour la première fois. Le constat est sans appel. Un service public dont l’image se dĂ©prĂ©cie Ă  mesure qu’il en est fait usage, est un service public dĂ©faillant. Alors que les fondements de notre dĂ©mocratie rappellent que les citoyennes et les citoyens sont libres et Ă©gaux en droit, la police et la justice sont aujourd’hui apprĂ©hendĂ©s comme des instruments dysfonctionnels de reproduction des inĂ©galitĂ©s sociales. Justice et police, Ă  la moulinette du « new public management » Gestion de flux, gestion de stocks, la police et la justice n’ont pas Ă©tĂ© exemptĂ©es des logiques de rationalisation qui infusent et sous-tendent depuis maintenant une vingtaine d’annĂ©es l’ensemble des services publics. Les logiques d’évaluation, et notamment la politique du chiffre, se sont dĂ©ployĂ©es avec pour corollaire une dĂ©gradation manifeste des conditions de travail pour les fonctionnaires de la justice et de la police. Quel sens revĂŞt la justice dite « en temps rĂ©el » ? La comparution immĂ©diate, qui a documentĂ© le travail artistique de Lorraine de Sagazan dans sa pièce LĂ©viathan, Ă©claire Ă  plusieurs reprises les propos. JustifiĂ©e par une approche quantitative, elle n’en constitue pas moins dans de nombreux cas un premier contact, rapide et violent, entre les citoyennes et citoyens et l’institution judiciaire. Alors qu’il est plus facile de compter le nombre d’interpellations et d’incarcĂ©rations, les logiques nĂ©o-managĂ©riales peinent Ă  trouver une manière de valoriser le travail de prĂ©vention, bien que ce soit une partie non moins essentielle des missions dĂ©volues aux forces de l’ordre. Pour une vĂ©ritable pĂ©dagogie, au delĂ  des reprĂ©sentations mĂ©diatiques Loin des poncifs mĂ©diatiques qui continuent de vĂ©hiculer certaines reprĂ©sentations de ces services publics, tous et toutes s’accordent sur la nĂ©cessaire pĂ©dagogie qui doit se renforcer autour des missions rĂ©ellement menĂ©es par ces agentes et agents. Si la focale est aujourd’hui mise sur l’évènementialisation des faits divers et les dossiers les plus dramatiques, les missions du quotidien, la prĂ©vention, la protection, doivent ĂŞtre davantage mises en lumière. Les centres Ă©ducatifs fermĂ©s, alternative Ă  l’incarcĂ©ration pour les mineurs situĂ©e Ă  l’interface entre la police et la justice constituent Ă  cet Ă©gard un exemple Ă©clairant parmi d’autres. Il s’agit aussi de donner les clĂ©s aux citoyennes et citoyens pour s’emparer de ces institutions et notamment de ses codes, de ses procĂ©dures – parfois opaques. La transformation d’un conflit en litige dĂ©possède les usagers et usagères notamment parce qu’ils et elles n’en maĂ®trisent pas le vocabulaire. PlutĂ´t que d’être vĂ©cue comme une entreprise de confiscation de la parole, gĂ©nĂ©rant de la dĂ©sillusion, la justice doit pouvoir ĂŞtre apprĂ©hendĂ©e comme une ressource pour faire valoir ses droits. Quand une main se lève dans la salle pour interroger sur le caractère parfois voyeur et illĂ©gitime ressenti par celles et ceux qui assistent Ă  des audiences publiques, l’ensemble des personnes sur scène rappellent le caractère essentiel d’une justice rendue en public, en mots et en actes pour toutes et tous. articles du dossier libĂ©ration LibĂ©ration s’est associĂ© au Syndeac pour couvrir les dĂ©bats « Les services publics entrent en scène ! » et proposer des articles en lien avec le thème de chacun d’eux dans un dossier intitulé Quels services publics pour la France de demain ? Tribune | Vers une nĂ©cessaire «rĂ©volution judiciaire»​ 2 octobre 2025​ LIRE L’ARTICLE Analyse | «Police partout justice nulle part !» La citation de Victor Hugo toujours d’actualitĂ© ? 29 septembre 2025 LIRE L’ARTICLE

DĂ©bat | Le pouvoir des mots : des rĂ©cits Ă  l’information

23 septembre 2025 Le Milieu Ă  Sault DĂ©bat animĂ© par Souâd Belhaddad InvitĂ©s : Souâd Belhaddad, journaliste ; LoĂŻc GuĂ©nin, artiste et directeur du Milieu ; Claude Labro, maire de Sault ; Agnès Briançon, secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale du SNJ C’est dans un petit village du Vaucluse, Ă  Sault, que s’est tenu le deuxième dĂ©bat de notre campagne Les services publics entrent en scène. Au Milieu, une salle de spectacles multi-usages, le sens et le pouvoir des mots ont Ă©tĂ© interrogĂ©s Ă  l’heure oĂą s’informer correctement est devenu un enjeu public. ÉCOUTEZ LE DÉBAT compte-rendu C’est dans ce lieu atypique en plein milieu du Mont Ventoux qu’une quarantaine d’habitantes et d’habitants se sont donnĂ© rendez-vous pour dĂ©battre des mots, de leurs vertus et de leurs dangers. AccompagnĂ©s par la journaliste Souâd Belhaddad, nous avons pris le temps de revenir sur les bouleversements qu’ont connus nos moyens de communication en essayant de comprendre ces mots qui ne sont pas innocents, qui ne signifient pas ou plus ce qu’ils ont pourtant l’air de dĂ©signer. Les transformations de nos modes de communication Ă  l’heure des rĂ©seaux sociaux et des fakes news restent des outils nĂ©cessaires pour saisir les enjeux de l’information. Les tĂ©moignages croisĂ©s de Claude Labro, maire de Sault, et d’Agnès Briançon, secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale du Syndicat National des Journalistes, ont donnĂ© Ă  penser le pouvoir des mots sur nos dĂ©mocraties. Mais les mots sont aussi, Ă  la manière d’un contre-pouvoir, le terrain de jeu des artistes, des poètes et poĂ©tesses qui nous invitent Ă  une autre lecture du monde. Les mots, leur sonoritĂ©, la littĂ©rature, la richesse de chaque langue sont autant de moyens d’expression de soi, de lien avec les autres et d’apprĂ©hension du monde. Une thĂ©matique passionnante, qui pose la question de l’enseignement aux plus jeunes, Ă  mi-chemin entre la responsabilitĂ© du ministère de l’Éducation, du ministère de la Culture et du service public de l’information. Nous tenons Ă  remercier AnaĂ«lle Talon et Sylvie Dailhy, interprètes en langue des signes française qui ont signĂ© l’ensemble du dĂ©bat. Nous remercions Ă©galement toute l’équipe du Mi!lieu pour leur accueil et le travail menĂ© Ă  nos cĂ´tĂ©s et tout particulièrement son directeur, LoĂŻc GuĂ©nin, qui a apportĂ© son Ă©clairage artistique Ă  ce dĂ©bat. articles du dossier libĂ©ration LibĂ©ration s’est associĂ© au Syndeac pour couvrir les dĂ©bats « Les services publics entrent en scène ! » et proposer des articles en lien avec le thème de chacun d’eux dans un dossier intitulé Quels services publics pour la France de demain ? Violence verbale | Quand les mots deviennent des armes 22 septembre 2025 LIRE L’ARTICLE

DĂ©bat | De la censure Ă  l’autocensure : les difficultĂ©s du secteur culturel rĂ©vĂ©latrices du climat politique

28 juin 2025 Le Théâtre des Ilets, CDN de Montluçon DĂ©bat animĂ© par Nora Hamadi, journaliste et productrice Ă  France Culture InvitĂ©s : Carole Thibaut, Directrice du Théâtre des Ilets – CDN de Montluçon ; Juliette Mant, Haute fonctionnaire Ă  la libertĂ© de crĂ©ation ; Claire Dupont, Directrice du Théâtre de la Bastille ; Agnès Tricoire, PrĂ©sidente de l’Observatoire de la libertĂ© de crĂ©ation. Le 28 juin dernier, le Théâtre des Ilets – CDN de Montluçon – a accueilli le premier rendez-vous du cycle « les services publics entrent en scène ». Ce cycle de rencontres a pour ambition d’ouvrir, partout en France, des espaces de dialogue autour de la place et de l’avenir des services publics. Juliette Mant et Carole Thibault, le 28 juin Ă  Montluçon lors du dĂ©bat | ©️ Florian Salesse pour le théâtre des ĂŽlets. replay compte-rendu Censure artistique : une histoire ancienne toujours Ă  l’œuvre Au cours du dĂ©bat, la censure dans le domaine artistique est apparue comme ne se rĂ©sumant pas Ă  des interdictions officielles. Elle s’inscrit dans une histoire longue, marquĂ©e par des controverses et des Ă©pisodes de rejet. Depuis la bataille de l’art contemporain dans les annĂ©es 1990 notamment, la confiance entre institutions et artistes s’est fragilisĂ©e. Des Ă©pisodes marquants – messes de « dĂ©contamination » après certaines reprĂ©sentations, vandalismes assumĂ©s, polĂ©miques nourries par des responsables politiques – rappellent que l’art peut ĂŞtre perçu comme une menace dès lors qu’il trouble ou interroge. Or c’est sa mission première ! Le dĂ©bat l’a montré : ces tensions traversent des contextes très divers, parfois portĂ©s par des mouvements se revendiquant du progrès. Elles montrent que la dĂ©fense de la libertĂ© de crĂ©ation ne peut ĂŞtre considĂ©rĂ©e comme acquise. Les actes de censure ne sont pas toujours spectaculaires : ils se manifestent aussi dans les silences, les dĂ©programmations discrètes ou les soutiens retirĂ©s. Le public comme prĂ©texte : les logiques d’évitement Ă  l’œuvre L’un des points soulevĂ©s pendant la rencontre concerne les discours qui prĂ©tendent protĂ©ger « le public » de certaines Ĺ“uvres. Il est apparu clairement, dans les Ă©changes, qu’un des mĂ©canismes les plus rĂ©pandus de censure contemporaine consiste Ă  invoquer un public abstrait, prĂ©sentĂ© comme homogène et vulnĂ©rable. « Ce n’est pas pour notre public », entend-on parfois dans les institutions culturelles, pour Ă©viter de prĂ©senter des Ĺ“uvres potentiellement controversĂ©es. Cette logique protectrice, qui s’apparente Ă  une forme d’infantilisation, masque en rĂ©alitĂ© des stratĂ©gies d’évitement face aux financeurs, aux Ă©lus, ou Ă  une opinion supposĂ©e hostile. Or, comme plusieurs interventions l’ont soulignĂ©, le public n’est pas monolithique. Il est aussi un acteur politique, capable de refuser cette posture tutĂ©laire, notamment en se prononçant dans les urnes. Encore faut-il rester lucide sur les usages politiques de la colère. L’histoire rĂ©cente montre comment des promesses Ă©lectorales peuvent instrumentaliser une indignation collective, sans se traduire ensuite en actes cohĂ©rents une fois le pouvoir conquis. Partout en France, une parole vive pour dĂ©fendre la libertĂ© de crĂ©ation Le choix d’organiser ce premier dĂ©bat Ă  Montluçon, dans une ville moyenne du Massif central, souvent associĂ©e Ă  la « diagonale du vide », n’était pas anodin. Il a permis d’ancrer la discussion dans une rĂ©alitĂ© concrète, loin des cercles parisiens, mais pas pour autant coupĂ©e des enjeux nationaux. Le lieu et le contexte ont donnĂ© une tonalitĂ© particulière aux Ă©changes. Le public, nombreux, a pris la parole avec spontanĂ©itĂ© et libertĂ©, partageant des tĂ©moignages personnels sur des censures subies, des obstacles Ă  la crĂ©ation, des formes d’autocensure ou de pression dans les institutions. Enseignants, artistes, citoyens ont racontĂ© leurs efforts pour maintenir un accès Ă  l’art malgrĂ© les restrictions. Ce foisonnement de prises de parole a montrĂ© que le sujet concernait tout le monde. Les discussions ont aussi mis en Ă©vidence que les atteintes Ă  la libertĂ© de crĂ©ation ne concernent pas seulement les petites villes ou les campagnes. Elles sont Ă©galement Ă  l’œuvre dans les grandes agglomĂ©rations, y compris en rĂ©gion parisienne, oĂą des cas de pressions ou de coupes budgĂ©taires ciblĂ©es se multiplient. Les arts de la rue, l’espace public, les scènes subventionnĂ©es : partout, la censure prend des formes variĂ©es. Dans ce contexte de rĂ©trĂ©cissement des espaces de dialogue, ce dĂ©bat a rappelĂ© la nĂ©cessitĂ© de dĂ©fendre les lieux culturels comme des espaces d’agora. Non seulement pour accueillir des Ĺ“uvres, mais pour permettre la confrontation des idĂ©es, le dĂ©saccord, la construction d’un commun. articles du dossier libĂ©ration LibĂ©ration s’est associĂ© au Syndeac pour couvrir les dĂ©bats « Les services publics entrent en scène ! » et proposer des articles en lien avec le thème de chacun d’eux dans un dossier intitulĂ© Quels services publics pour la France de demain ? Pressions | Culture : «Qu’on cesse de manipuler l’art Ă  des fins politiques» LIRE L’ARTICLE Éclairage | Les mille et un visages de la censure LIRE L’ARTICLE EnquĂŞte | Budget de la culture : le secteur accuse les coupes LIRE L’ARTICLE