Pour un nouveau pacte républicain en faveur du spectacle vivant

Le spectacle vivant public se trouve dans une situation de décrochage historique. Le paradoxe, c’est que les salles de spectacle et les festivals n’ont jamais accueilli autant de public. Les œuvres n’ont jamais autant circulé. Les artistes n’ont jamais autant reflété la diversité des récits, des territoires et des expériences qui composent notre société. Le spectacle vivant démontre sa capacité à produire du lien, de la réflexion et du débat dans une époque dominée par les logiques de fragmentation et les interactions virtuelles. Et pourtant, les conditions qui rendent cette vitalité possible n’ont jamais été aussi violemment attaquées : coupes budgétaires inédites dans leur ampleur et leur brutalité, annulations de spectacles pour des raisons politiques, remise en cause de la liberté de création pourtant garantie par la loi, développement de formes d’autocensure nourries par des pressions de plus en plus assumées. Nous assistons aujourd’hui à une destruction méthodique des capacités de création, de production et de diffusion des œuvres et, derrière elles, du modèle culturel français lui-même. Pourtant, les emplois de la culture sont non délocalisables. Ils sont présents partout sur le territoire. Ils participent directement à la vitalité économique, sociale et démocratique des villes, des quartiers, des métropoles comme des espaces ruraux. Et les festivals, qui sont aujourd’hui une des fiertés culturelles de notre pays, sont une démonstration évidente de ce que la culture peut avoir comme impact sur la vitalité d’un territoire. Or, sans les équipes artistiques et les scènes publiques, aucun festival n’est possible. Si ces manifestations peuvent encore se tenir cet été, c’est parce que ces structures le permettent. Car les festivals ne produisent pas seuls les œuvres qu’ils présentent. Ils dépendent des accueils en résidences, des coproductions et des investissements réalisés, ailleurs, tout au long de l’année. C’est précisément cet écosystème qui est attaqué. Et les festivals ne pourront se dérouler sans se faire l’écho de cette réalité. L’État qui devrait être le garant de l’égalité territoriale et d’une ambition culturelle nationale, demeure trop souvent silencieux face à ces attaques. Pire, il y contribue en baissant ses crédits violemment. Cela ne répond à aucune logique, quand on sait que la culture représente moins de 70 centimes sur 100 euros de dépenses publiques. 0,7% : une part infime au regard des débats qu’elle suscite et dérisoire au regard des effets qu’elle produit. À l’heure où les démocraties sont confrontées à la montée des extrêmes droites, à la fragmentation du débat public et à la défiance généralisée, nous affirmons qu’affaiblir ces institutions constitue une erreur historique. Nous refusons donc d’être les exécutants de décisions et de renoncements que nous condamnons. Nous refusons que les directrices et directeurs de lieux, les responsables de festivals et les équipes artistiques soient chargés d’arbitrer quels emplois devront disparaître, quels projets devront être abandonnés ou quels artistes ne pourront plus être accompagnés, sans avoir jamais été associés aux décisions qui conduisent à ces choix. Sauvegarder ce patrimoine de la création, constitué de scènes publiques et de compagnies implantées sur les territoires, ne consiste pas seulement à entretenir des bâtiments, ou à préserver une offre culturelle. L’essentiel est de renouer avec la conviction que l’art et la culture représentent une force agissante dans notre démocratie, qui permet aux personnes, dans leur ensemble et leurs diversités, d’échapper à toute forme d’aliénation à une pensée unique. Alors que nous traversons une crise politique et économique majeure et que les prochaines échéances électorales seront décisives, nous affirmons l’urgence de mettre en place une large concertation qui permettra de redonner du sens et un cap à notre service public. À cette fin, nous demandons la mise en œuvre immédiate d’un moratoire sur les réductions budgétaires affectant le spectacle vivant. C’est la condition sine qua non de la réalisation d’un diagnostic sérieux préalable à toute réflexion et toute nouvelle décision. Nous demandons ensuite, au Premier Ministre, la création d’une cellule de crise interministérielle chargée de coordonner l’action de l’ensemble des ministères concernés par la transversalité de la politique culturelle (Culture, Éducation nationale, Économie, Cohésion des territoires, Intérieur, Tourisme, Travail). Cette commission aura pour objectif de proposer, en concertation avec les organisations professionnelles, un nouveau pacte républicain capable de soutenir une refondation ambitieuse de notre politique culturelle. Nous demandons également la mise en place d’une conférence permanente associant l’État, les collectivités territoriales et les représentants du secteur culturel. Les collectivités sont aujourd’hui les premiers financeurs de la culture. Elles doivent être pleinement associées à la définition d’une stratégie nationale et à la préservation d’un bien commun qui dépasse largement les frontières administratives de chaque territoire. Nous demandons enfin que ces concertations conduisent à l’ouverture d’un plan national de refinancement du service public de la culture. Ce plan devra s’appuyer sur l’engagement de l’État au travers d’une hausse de son budget pour la culture, sur un desserrement des contraintes pesant sur les collectivités territoriales et sur de nouveaux leviers de financement : territorialisation du mécénat afin que les richesses créées localement bénéficient davantage au financement du service public de la culture dans les territoires ; création d’un fonds exceptionnel de sauvegarde du spectacle vivant ; renforcement des mécanismes de solidarité entre territoires ; soutien accru à la diffusion et à la circulation des œuvres ; défense active de cet écosystème à l’échelle européenne.

Questionnaire d’engagements Municipales 2026 : résultats cartographiés

La campagne intersyndicale engagée en amont du scrutin a permis d’interpeller 600 têtes de liste et de rendre publics les engagements de 236 candidates et candidats. Elle constitue désormais un point d’appui pour le suivi des orientations prises dans les territoires et pour nourrir le dialogue avec les équipes nouvellement élues. carte des résultats Cette carte disponible sur le site Culture et Municipales 2026 propose une lecture territorialisée des engagements des candidats aux élections municipales en matière de politique culturelle. Elle constitue à la fois un outil d’information, de mise en visibilité et d’appui au débat public, en offrant dès le premier regard une distinction entre les villes où des réponses ont été obtenues et celles où les candidats sollicités ne se sont pas exprimés. L’interpellation ne visait pas l’exhaustivité : un panel de villes a été sélectionné par les délégations régionales des trois syndicats formant l’USEP-SV (Syndeac, Scène ensemble, Les Forces Musicales). voir la carte Une interpellation dense et mobilisatrice La campagne a rencontré un écho significatif auprès des listes candidates. 407 réponses ont été recueillies, dont 236 questionnaires complets et 168 réponses partielles, soit 68 % du panel initialement interpellé. Au-delà même des listes ciblées initialement, la campagne a largement circulé : plusieurs listes candidates ont répondu spontanément au questionnaire, preuve de la visibilité de l’initiative et de son appropriation par les équipes de campagne. Dans plusieurs villes – notamment Lille, Paris, Strasbourg, Metz, Nantes, Caen ou Lyon – l’ensemble des listes interpellées a répondu au questionnaire, et les réponses ont servi d’appui à des rencontres et des débats publics réunissant professionnels de la culture et candidats. L’analyse des réponses montre par ailleurs que les listes de gauche et d’extrême gauche ont très majoritairement pris part à la démarche, traduisant une forte attention de ces formations aux enjeux portés par le secteur culturel. Sur les 236 réponses complètes, la répartition politique des listes répondantes s’effectuent selon les pourcentages suivants : 10,8% des réponses sont rattachées à des listes de droite ; 8,6% des réponses rattachées des listes du centre ; 71,5% à des listes de gauche ; et 9,1% sans étiquette. CONVERGENCES ET POINTS DE CLIVAGE Les réponses recueillies font apparaître un socle d’accords très large, tout en révélant des lignes de fracture nettes sur certains sujets structurants. D’un côté, les convergences sont nombreuses et massives. La reconnaissance de la culture comme service public essentiel fait quasi unanimité (98 %), au même titre que l’éducation, la santé ou l’environnement. Cette adhésion se traduit également par des engagements concrets : 95 % des listes s’engagent à garantir un accès à une offre culturelle professionnelle à moins de 30 minutes, et 99 % à soutenir durablement les résidences d’artistes et les projets culturels dans les milieux éducatif, social ou médico-social. La liberté de création fait également l’objet d’un soutien très large (98 %), souvent associée à la nécessité de préserver l’autonomie artistique et le pluralisme. Ces éléments traduisent une reconnaissance partagée du rôle de la culture dans la cohésion sociale et territoriale, ainsi que de sa place dans les politiques publiques locales. D’un autre côté, plusieurs points de clivage apparaissent nettement. La question des financements constitue le principal marqueur politique. Si 95 % des listes s’engagent à maintenir les budgets culturels, seules 57 % envisagent une augmentation, et une part importante (37 %) ne se prononce pas. Entre volontarisme affirmé et prudence budgétaire, les positions divergent fortement, certaines listes conditionnant leurs engagements à l’état futur des finances locales. La liberté de création, bien que largement affirmée, révèle également des nuances. Certaines réponses introduisent des conditions — notamment liées à l’ordre public — ou expriment des réserves quant à une possible dimension militante des lieux culturels. Par ailleurs, 10 % des listes ne s’engagent pas explicitement à ne pas conditionner les subventions à des critères esthétiques, moraux ou politiques, laissant entrevoir des formes potentielles d’ingérence. Ainsi, derrière un consensus de principe solide, les réponses dessinent des orientations contrastées dès lors qu’il s’agit de moyens, de priorités ou de cadres d’intervention publique. RÉPARTITION DES RÉSULTATS QUESTION PAR QUESTION Chaque carte associe un intitulé synthétique, le libellé complet de la question et la répartition des réponses consolidées. Choisir une question Parcourir toutes les questions Faites défiler horizontalement pour parcourir l’ensemble des cartes

Débat | Services publics : inégalités territoriales, solutions locales ?

27 novembre 2025 Le Carreau du Temple, Paris Débat animé par Nicolas Herbeaux Invités : Claire Hédon, Défenseur des droits ; Geoffrey Renimel, délégué national Quart-Monde ; Valérie Masson-Delmotte, climatologue ; Isabelle Dugelet, maire de la Gresle ; le collectif Nos services publics.  Jeudi 27 novembre, le Carreau du Temple a accueilli à Paris le dernier débat de notre campagne « Les services publics entrent en scène ». Lancée en juin à Montluçon avec le collectif Nos services publics et Libération, cette série de rencontres visait à ouvrir, partout en France, des espaces de dialogue sur la place et l’avenir des services publics. Photo 📸 Sevana Holst replay compte-rendu Défendre les droits des usagers et usagères, c’est défendre les services publics Pour ouvrir la soirée, Claire Hédon, Défenseure des droits, a rappelé les missions qui lui sont confiées par la loi. Outre la défense des libertés et des droits de chaque individu et la lutte contre les discriminations à cet égard, la Défenseure des droits a également comme prérogative la promotion de ces mêmes droits : à l’aspect individuel (réclamation ou demande de telle personne ou telle autre) s’ajoute une dimension collective. Cela autorise la Défenseure des droits à mener des recherches, à rendre des rapports au Parlement, etc. Cette mission est à la fois moins connue et, naturellement, plus crispante pour le politique qui n’aime pas toujours qu’une autorité indépendante éclaire des manquements et indique la voie à suivre pour que l’égalité des droits soit respectée. De fait, les derniers rapports de Claire Hédon et de ses équipes soulignent que “la fragilisation et l’éloignement des services publics, liés à une dématérialisation excessive et à un désengagement de l’État dans les territoires, conduisent immanquablement à une fragilisation et à un éloignement des droits.” Inégalités territoriales, inégalités patrimoniales, rapports de force Le collectif Nos Services publics a ensuite présenté 4 cartes blanches passionnantes, entre démystification d’idées reçues et cas d’étude local, basées sur le rapport annuel du collectif. On peut notamment retenir : qu’un maillage territorial dense des services publics sur tout le territoire n’est pas suffisant pour garantir un accès universel et donc une égalité des droits ; que l’accès aux services publics est conditionné, comme pour d’autres prestations non publiques, par les freins économiques, culturels et sociaux ; que les services publics ne sont donc pas “un patrimoine pour ceux qui n’en ont pas” ;qu’à titre d’exemple, seuls 9% des enfants issus de familles modestes vont en crèche contre 68% des enfants issus de familles aisées ; qu’il faudrait changer les rapports de force au sein des gouvernances des services publics pour que le paradoxe de la mobilisation – les habitantes et habitants les mieux dotés en services publics se mobilisent davantage pour les défendre et, donc, les orientent – n’existe plus.   Transport, santé, logement, réchauffement climatique : quelles solutions locales ? “Des maisons de services aux publics, il y en a partout, dans toutes les villes de France : c’est la mairie”. C’est ainsi qu’Isabelle Dugelet, maire de la petite commune rurale de La Gresle dans la Loire, a entamé le débat. Si des services publics ferment, les mairies, elles, sont toujours là : “des gens viennent à tout moment parce qu’ils rencontrent une difficulté dans une démarche quelconque : une facture de téléphone perdue, un avis d’imposition qu’ils doivent envoyer par internet, etc.” La mairie reste un repère pour les habitantes et habitants, parfois le seul lien stable à qui être rattaché. Isabelle Dugelet a ainsi raconté qu’elle était souvent le contact d’urgence de personnes seules de son village, l’obligeant par exemple à aller chercher quelqu’un à l’hôpital à 21h30 après une opération, faute de transport public et faute de chambres en nombre suffisant à l’hôpital. Un symbole du croisement des enjeux des différents services publics et de leurs répercussions concrètes. De la même manière, le réchauffement climatique est un sujet qui traverse les services publics et qui impacte l’accès aux différents droits des citoyennes et citoyens. Valérie Masson a souligné à cet égard que la Cour internationale de justice (CIJ) avait expressément mis en lien “la protection du système climatique et la protection du droit humain”. Elle a plaidé pour la mise en oeuvre d’un nouveau contrat social qui penserait la protection des personnes face aux enjeux climatiques, mettant en lien les politiques publiques “classiques” (social, santé, éducation, culture…) et les politiques publiques climatiques. Ces constats ont été enrichis par le témoignage de Geoffrey Renimel, délégué national d’ATD Quart-Monde : la grande précarité est par nature transversale. “Au sein des différentes dimensions de la pauvreté, la dépossession du pouvoir d’agir est très forte” a souligné Geoffrey Renimel : quand on ne peut pas aller chez le médecin sans l’aide de la famille ou quand on ne peut pas accéder à un logement sans l’aide d’une association, l’inégalité d’accès aux services publics et l’inégalité d’usage de ces services se doublent d’un sentiment de dépendance. Les services publics, ça vaut le coût ! Merci aux intervenantes et intervenants, aux interprètes LSF, aux habitant·es qui ont rempli la salle, à l’équipe du Carreau du Temple. articles du dossier libération Libération s’est associé au Syndeac pour couvrir les débats « Les services publics entrent en scène ! » et proposer des articles en lien avec le thème de chacun d’eux dans un dossier intitulé Quels services publics pour la France de demain ? Compte rendu | Des services publics qui valent le coût LIRE L’ARTICLE Editorial | Services publics : le souci de l’autre LIRE L’ARTICLE

Débat | Information, sciences et complotisme

24 novembre 2025 La Manufacture, Nancy Débat animé par Pauline Josse Invités : Valérie Masson, climatologue ; Anna Zielinska, maîtresse de conférences en philosophie morale, du droit et politique (Université de Lorraine) ; Thomas C. Durand, aka La Tronche en Biais sur Youtube, vice-président de l’ASTEC (Association pour la science et la transmission de l’esprit critique) Lundi 24 novembre, la Manufacture – Centre dramatique national de Nancy, en partenariat avec le CCAM – scène nationale de Vandoeuvre-lès-Nancy, a accueilli le 7e débat de notre campagne « Les services publics entrent en scène ». Ce cycle de rencontres a pour ambition d’ouvrir, partout en France, des espaces de dialogue autour de la place et de l’avenir des services publics. Photo 📸 Sevana Holst replay compte-rendu Que croire ? Qui croire ? Alors que l’accès à l’information s’est démocratisé au début des années 2000 avec internet, les réseaux sociaux et les chaînes d’information en continu ont depuis démultiplié les canaux par lesquels la population s’informe mais aussi le nombre de personnes susceptibles de produire et/ou relayer de l’information, bien au-delà des universitaires et des personnes qualifiées dans leur domaine. Face à cette massification de l’information,, à qui et à quoi faire confiance ? Des fausses informations aux théories du complot Les fictions qui se jouent sur les scènes des théâtres ont notamment pour but d’éclairer le réel. Mais aujourd’hui, certaines réalités peuvent sembler fictionnelles. L’outrance de certaines phrases, par exemple sur le réchauffement climatique, interroge : quand Donald Trump en parle comme de “la plus grande escroquerie du monde”, sa responsabilité dans la propagation de théories complotistes est directe. En France, quand le nouveau président de la Coordination rurale indique qu’il faut “faire la peau aux écolos”, il désigne l’écologie comme principale source des problèmes rencontrés par les agriculteurs. Ses propos, repris dans de nombreux médias sans modération ou tentative d’analyse, charrient avec eux un imaginaire factice, propice à la désinformation et, in fine, aux théories du complot. Distinguer les personnes qui produisent des fausses informations de celles qui les relaient est essentiel. Elles n’ont pas forcément les mêmes intentions. Certaines n’ont d’ailleurs aucune intention ou volonté de nuire ou de désinformer. Un grand groupe industriel qui soutient un candidat à la Présidence en vantant le mérite des énergies fossiles n’a pas le même objectif qu’une personne relayant son “doute” sur le réchauffement climatique car il a neigé le 5 avril. Douter est humain, normal, logique. Face au doute, c’est notre esprit critique qu’il faut exercer, entraîner : quelle personne dit quoi ? pourquoi le fait-elle ? quelles sources mobilise-t-elle ? Les intervenant(e)s ont souligné que certaines parties de la population qui ont connu ou connaissent des formes d’injustices, peuvent être plus promptes à douter du “récit officiel” : elles soupçonnent que quelqu’un leur en veut ou leur cache la vérité. Les théories du complot prospèrent notamment parce qu’elles simplifient le monde (un Grand Méchant contre “nous”) et suppriment le doute. Face au “bon sens” souvent mis en avant par les complotistes, opposer les résultats des dernières recherches en sciences sociales est complexe. Le monde dans lequel nous évoluons est complexe. Le réchauffement climatique est un phénomène complexe ; la pandémie de COVID est un phénomène complexe. Face à la complexité, le choix “facile” pourrait aussi être, humblement, de ne pas savoir, de ne pas avoir d’avis. Comment réagir face à un discours complotiste ? Comment dialoguer et tenter de convaincre l’autre que ce qu’il ou elle croit est faux ? La problématique du complot, c’est qu’il est irréfutable : s’il y a une preuve allant contre la théorie, c’est un faux ; s’il n’y a pas de preuve contradictoire, c’est donc que le complot existe.Au niveau individuel, l’un des conseils donnés par le panel est, en face à face, de prendre le temps d’écouter toute l’argumentation de la personne, de reformuler sa théorie pour s’assurer qu’on comprend bien ce qu’elle veut dire, puis de prendre ses arguments un par un. L’idée n’est pas d’apporter soi-même des arguments et sources : ils seront toujours réfutés. Mais d’interroger les sources et arguments de l’autre : pourquoi crois-tu cette personne ? a-t-elle un parcours qui légitime un peu sa parole ? s’est-elle trompée dans le passé sur d’autres sujets ? Un débat qui a permis de revaloriser l’esprit critique, l’incertitude, la recherche scientifique. Merci aux intervenantes et intervenants, aux interprètes LSF, au public qui a rempli la salle, aux personnes qui ont suivi le débat sur Youtube, et aux équipes des deux théâtres. articles du dossier libération Libération s’est associé au Syndeac pour couvrir les débats « Les services publics entrent en scène ! » et proposer des articles en lien avec le thème de chacun d’eux dans un dossier intitulé Quels services publics pour la France de demain ? Tribune | Les universités : espaces de science, creusets de démocratie LIRE L’ARTICLE Tribune | Information, sciences, complotisme : que croire ? LIRE L’ARTICLE Enquête | Fake news, manipulations, idéologies… Retour vers le «1984» d’Orwell LIRE L’ARTICLE Entretien croisé | Sur le climat, «un enjeu d’information et de désinformation» LIRE L’ARTICLE

Débat | Culture et rénovation urbaine : un même combat pour l’égalité

13 octobre 2025 Le Phénix, Valenciennes Débat animé par Nicolas Herbeaux Invités : Antoine Billaud, directeur artistique Compagnie XY ; Pascal Lebrun Cordier, auteur de « La ville relationnelle » ; Marie Cornillon, Présidente Soc. Immo. Grand Hainaut Lundi 13 octobre, le Phénix – scène nationale de Valenciennes a accueilli le 6e débat de notre campagne « Les services publics entrent en scène ». Ce cycle de rencontres a pour ambition d’ouvrir, partout en France, des espaces de dialogue autour de la place et de l’avenir des services publics. Photo 📸 Julien Derouet replay compte-rendu L’accès à la culture et aux projets artistiques – au même titre que l’école, la santé ou les transports – est une condition du droit à la ville et un facteur de démocratie urbaine. La rénovation urbaine vise à réparer les inégalités sociales et territoriales tout en réaffirmant la place de la culture comme un service public essentiel. La culture est en effet un droit fondamental inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, et dans la loi relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine de 2016. Ces droits affirment la reconnaissance de la dignité et de la diversité des habitantes et habitants. Les projets artistiques deviennent ainsi des instruments d’encapacitation : ils renforcent la capacité à comprendre, à agir et à participer à la fabrique de la ville. Urbanisme et culture : co-construction et mémoire Les artistes, structures culturelles et bailleurs mettent en place des expérimentations de co-construction du territoire à travers des démarches “sensibles”. Dans ses projets, Pascal Lebrun Cordier (In Vivo) effectue des enquêtes “sensibles/sans cibles”, complémentaires aux enquêtes classiques, par l’observation, l’écoute, le recueil de la mémoire et des émotions invisibles de la ville (couleurs, sons, rythmes, traces). De son côté, la Compagnie XY engage les habitantes et habitants dans des créations collectives où le corps, le geste et la rencontre deviennent des outils d’urbanisme poétique. Leurs projets – comme “Nos bords du monde” – explorent le quartier à partir de l’école, puis diffusent la création dans l’espace public. Ces expériences montrent que l’art agit comme révélateur de la mémoire urbaine, accompagne les transformations humaines et tente de réparer les liens fragilisés. Modifier légèrement le réel : une approche humble d’une politique culturelle de la ville Les bailleurs sociaux ont une approche globale et sur mesure de leurs projets, en s’appuyant sur la diversité des quartiers et sur la participation active des personnes qui y habitent. L’enjeu n’est plus seulement de “refaire la ville”, mais de refaire société. Les projets culturels permettent ainsi de travailler, par exemple, le deuil des quartiers démolis, de préserver la mémoire collective et de rendre les habitantes et habitants fiers de leur territoire. La culture réintroduit du sensible dans l’espace urbain : elle replace l’humain au centre des politiques de la ville. Les projets artistiques perturbent légèrement le réel, ouvrent des espaces de dialogue et de dissensus nécessaires à la démocratie. Ils rendent visible ce qui relie les habitants : corps, émotions, mémoire. Faire la ville par la culture, c’est construire des lieux d’égalité, où chaque personne devient porteuse de culture. articles du dossier libération Libération s’est associé au Syndeac pour couvrir les débats « Les services publics entrent en scène ! » et proposer des articles en lien avec le thème de chacun d’eux dans un dossier intitulé Quels services publics pour la France de demain ? Débat | La vie culturelle, «une affaire de temps» 10 octobre 2025 LIRE L’ARTICLE Tribune | Culture et rénovation urbaine : même combat pour la vi(ll)e 11 octobre 2025 LIRE L’ARTICLE Tribune | Nous empruntons la culture à nos enfants 12 octobre 2025 LIRE L’ARTICLE

Débat | Les défis du service public de la santé : excellence thérapeutique et soins pour tous

6 octobre 2025 La Criée à Marseille Débat animé par Nicolas Herbeaux Invités : Arnaud Bontemps, conseiller référendaire à la Cour des Comptes et fondateur du collectif nos services publics ; Robin Renucci, metteur en scène et directeur du CDN de la Criée ; Céline Gabarro, chercheuse ; Claude Marblé, docteur à l’APHM ;Violaine Forissier, onco-radiothérapeuthe ; Laetitia Padovani, docteure à l’APHM La cité phocéenne a à son tour accueilli le Syndeac et le collectif Nos Services Publics pour le cinquième débat de la campagne Les services publics entrent en scène. C’est au cœur du Théâtre de la Criée que s’est déroulée cette soirée d’échanges passionnants sur le service public de la santé. Photo 📸 Clement Mirlocca ÉCOUTEZ LE DÉBAT compte-rendu “Peut-on considérer que la santé en France est un service public en tant qu’il apporte à toutes et tous la satisfaction d’un besoin reconnu comme essentiel par la société ?” Première question posée par Arnaud Bontemps, fondateur et co-porte parole du collectif Nos Services Publics. L’occasion d’interroger la marchandisation du secteur et sa mise en concurrence avec des acteurs privés. Une marchandisation responsable de nombreuses entraves à l’égalité d’accès de toutes et tous aux soins, étudiées par Céline Gabarro, sociologue et enseignante à l’Université de Lille. Laëtitia Padovani et Claude Marble, docteurs à l’APHM, ont souligné l’engagement des soignantes et des soignants de tous les corps de métiers de la santé pour la prise en soins universelle. Violaine Forrissier, onco-radiothérapeuthe, a rappelé que poser la question de l’accès aux soins dépasse le seul espace de l’hôpital mais concerne tous les soignants externes qui concourent à l’amélioration du bien-être et la prévention. En ce sens, les lieux de culture, de partage et de lien social tel que le Théâtre de la Criée participent à cet effort d’hospitalité et de soin de soi et des autres. Son directeur, Robin Renucci, a insisté sur cette interdépendance entre le service public de la culture et de la santé. Nous tenons à remercier Lou et Julie, interprètes en langue des signes française, qui ont signé l’ensemble du débat. Nous tenons également à remercier toute l’équipe du Théâtre de la Criée pour leur accueil et leur engagement à nos côtés. Enfin, un grand merci à Nicolas Herbeaux, journaliste et producteur à France Culture, pour l’animation de ce débat d’une très grande richesse. articles du dossier libération Libération s’est associé au Syndeac pour couvrir les débats « Les services publics entrent en scène ! » et proposer des articles en lien avec le thème de chacun d’eux dans un dossier intitulé Quels services publics pour la France de demain ? Tribune | Des soins et services de santé accessibles à tous ? 6 octobre 2025 LIRE L’ARTICLE Tribune | La santé ne devrait-elle pas être un service public ? 6 octobre 2025 LIRE L’ARTICLE Interview croisée «Le soin, ce n’est pas seulement l’hôpital ou la santé, mais aussi l’éducation, le transport, l’écologie…» 8 octobre 2025 LIRE L’ARTICLE Compte rendu La santé, avant tout une question collective 9 octobre 2025 LIRE L’ARTICLE

Débat | À quand un service public de l’éducation artistique et culturelle ?

1er octobre 2025 Théâtre Molière → Sète Débat animé par Sandrine Mini Invités : Béatrice Dernis, universitaire et chercheuse ; Emmanuel Ethis, délégué interministériel ; Fabrice Melquiot, artiste EAC ; Julie Pereira, chercheuse Le 1er octobre, ce fut au tour du Théâtre Molière de Sète d’accueillir une après-midi d’échanges et de débats sur l’éducation artistique et culturelle (EAC), dans le cadre de notre campagne Les services publics entrent en scène. Le partage d’expérience d’actrices et d’acteurs de l’EAC, croisé avec les témoignages des élèves, a permis d’en interroger concrètement les enjeux. Photo 📸 Didier Garnier ÉCOUTEZ LE DÉBAT compte-rendu C’est en compagnie de l’artiste Fabrice Melquiot et de l’enseignante Béatrice Dernis que les élèves présents dans la salle ont témoigné de leurs parcours d’éducation artistique et culturelle. Des récits qui ont mis en lumière tous les bénéfices de cette initiation à l’art et de cette rencontre avec les œuvres et les artistes. À l’appui des 10 résolutions de la Charte pour l’éducation artistique et culturelle de 2016, le délégué interministériel Emmanuel Éthis a plaidé pour le déploiement d’une politique ambitieuse basée sur les fondements même de l’EAC. Une volonté partagée par les actrices et acteurs du secteur mais qui se confronte à de vives difficultés de déploiement. Nous pensons notamment à la mise en place du Pass Culture, qui pose de nombreux problèmes dans sa déclinaison individuelle comme collective. Le Pass Culture crée par exemple un appel d’air en incitant de nombreuses collectivités territoriales à se désengager des politiques d’éducation artistique et culturelle qu’elles menaient, s’appuyant dorénavant sur le seul Pass Culture. La chercheuse Julie Pereira a rappelé que les actions d’EAC font régulièrement l’objet de vastes communications qui ne présument pas de leurs réussites auprès des élèves ni de leur pertinence. L’EAC n’est pas une solution magique à tous les problèmes, nécessite de l’engagement sur le temps long et des objectifs adaptés aux enfants et à leur environnement. Par-dessus tout, il ne faut pas ignorer que l’EAC fait l’objet de tensions entre les ministères de l’Éducation et de la Culture qui en ont la responsabilité conjointe et que l’insuffisance des budgets qui lui sont consacrés rend difficilement tenable la poursuite d’actions pertinentes. Nous tenons à remercier Julie Mollet et Cyril Ferrieu, interprètes en langue des signes française qui ont signé l’ensemble du débat. Une présence qui a notamment ouvert la question de l’accès à l’éducation artistique et culturelle mais aussi des œuvres d’art pour les personnes sourdes. Nous remercions également le Théâtre Molière pour son accueil et son engagement à nos côtés et tout particulièrement sa directrice, Sandrine Mini, qui a animé ce débat. articles du dossier libération Libération s’est associé au Syndeac pour couvrir les débats « Les services publics entrent en scène ! » et proposer des articles en lien avec le thème de chacun d’eux dans un dossier intitulé Quels services publics pour la France de demain ? Focus | EAC : «Faire évoluer des pratiques pédagogiques» 30 septembre 2025 LIRE L’ARTICLE Analyse | Quelles missions pour l’éducation artistique et culturelle ? 30 septembre 2025 LIRE L’ARTICLE

Débat | La relation police-justice fragilisée, symbole d’une démocratie en danger ?

1er octobre 2025 Le Théâtre, Saint-Nazaire Débat animé par Nicolas Herbeaux Invités : Lorraine de Sagazan, artiste ; Lucia Argibay, magistrate (syndicat de la magistrature) ; Lahoucine Ait-Ben-Idir, directeur d’un Centre éducatif fermé (CEF) ; Laurence Dumoulin, chercheuse ; Fabien Jobard, sociologue   Pour son premier rendez-vous de la saison, Le Théâtre, scène nationale de Saint-Nazaire a accueilli mercredi 1er octobre, un grand débat autour des services publics de la justice et de la police. Retour sur cet événement qui s’inscrit dans le cycle « les services publics entrent en scène ».  ÉCOUTEZ LE DÉBAT compte-rendu Police répressive ou violence légitime ? Justice laxiste, ou au contraire trop autoritaire ? Justice à deux vitesses, trop lente ou trop rapide ? Les témoignages des habitantes et habitants, recueillis sur des bouts de papiers anonymes avant le débat, ont illustré la variété de représentations que les citoyens et citoyennes se font de ces deux services publics. Durant plus de deux heures et devant un auditoire captif, Fabien Jobard, Lahoucine Aït Ben Idir, Lorraine de Sagazan, Laurence Dumoulin, Lucia Argibay, ont fait œuvre de grande pédagogie. Services publics abîmés, miroir grossissant des inégalités Nos perceptions de la police et de la justice sont parsemées de paradoxes. Les mouvements sociaux des dix dernières années, émaillés de dérives et de violences policières, ont terni l’image de l’institution qui n’en reste pas moins très appréciée dans l’opinion publique. Certaines recherches vont même plus loin : moins l’usager et l’usagère sont confrontés à la police et plus il ou elle l’apprécie. Idem pour la justice, où la violence institutionnelle – parfois insoupçonnée – éclate au grand jour quand on y est confronté pour la première fois. Le constat est sans appel. Un service public dont l’image se déprécie à mesure qu’il en est fait usage, est un service public défaillant. Alors que les fondements de notre démocratie rappellent que les citoyennes et les citoyens sont libres et égaux en droit, la police et la justice sont aujourd’hui appréhendés comme des instruments dysfonctionnels de reproduction des inégalités sociales. Justice et police, à la moulinette du « new public management » Gestion de flux, gestion de stocks, la police et la justice n’ont pas été exemptées des logiques de rationalisation qui infusent et sous-tendent depuis maintenant une vingtaine d’années l’ensemble des services publics. Les logiques d’évaluation, et notamment la politique du chiffre, se sont déployées avec pour corollaire une dégradation manifeste des conditions de travail pour les fonctionnaires de la justice et de la police. Quel sens revêt la justice dite « en temps réel » ? La comparution immédiate, qui a documenté le travail artistique de Lorraine de Sagazan dans sa pièce Léviathan, éclaire à plusieurs reprises les propos. Justifiée par une approche quantitative, elle n’en constitue pas moins dans de nombreux cas un premier contact, rapide et violent, entre les citoyennes et citoyens et l’institution judiciaire. Alors qu’il est plus facile de compter le nombre d’interpellations et d’incarcérations, les logiques néo-managériales peinent à trouver une manière de valoriser le travail de prévention, bien que ce soit une partie non moins essentielle des missions dévolues aux forces de l’ordre. Pour une véritable pédagogie, au delà des représentations médiatiques Loin des poncifs médiatiques qui continuent de véhiculer certaines représentations de ces services publics, tous et toutes s’accordent sur la nécessaire pédagogie qui doit se renforcer autour des missions réellement menées par ces agentes et agents. Si la focale est aujourd’hui mise sur l’évènementialisation des faits divers et les dossiers les plus dramatiques, les missions du quotidien, la prévention, la protection, doivent être davantage mises en lumière. Les centres éducatifs fermés, alternative à l’incarcération pour les mineurs située à l’interface entre la police et la justice constituent à cet égard un exemple éclairant parmi d’autres. Il s’agit aussi de donner les clés aux citoyennes et citoyens pour s’emparer de ces institutions et notamment de ses codes, de ses procédures – parfois opaques. La transformation d’un conflit en litige dépossède les usagers et usagères notamment parce qu’ils et elles n’en maîtrisent pas le vocabulaire. Plutôt que d’être vécue comme une entreprise de confiscation de la parole, générant de la désillusion, la justice doit pouvoir être appréhendée comme une ressource pour faire valoir ses droits. Quand une main se lève dans la salle pour interroger sur le caractère parfois voyeur et illégitime ressenti par celles et ceux qui assistent à des audiences publiques, l’ensemble des personnes sur scène rappellent le caractère essentiel d’une justice rendue en public, en mots et en actes pour toutes et tous. articles du dossier libération Libération s’est associé au Syndeac pour couvrir les débats « Les services publics entrent en scène ! » et proposer des articles en lien avec le thème de chacun d’eux dans un dossier intitulé Quels services publics pour la France de demain ? Tribune | Vers une nécessaire «révolution judiciaire»​ 2 octobre 2025​ LIRE L’ARTICLE Analyse | «Police partout justice nulle part !» La citation de Victor Hugo toujours d’actualité ? 29 septembre 2025 LIRE L’ARTICLE

Débat | Le pouvoir des mots : des récits à l’information

23 septembre 2025 Le Milieu à Sault Débat animé par Souâd Belhaddad Invités : Souâd Belhaddad, journaliste ; Loïc Guénin, artiste et directeur du Milieu ; Claude Labro, maire de Sault ; Agnès Briançon, secrétaire générale du SNJ C’est dans un petit village du Vaucluse, à Sault, que s’est tenu le deuxième débat de notre campagne Les services publics entrent en scène. Au Milieu, une salle de spectacles multi-usages, le sens et le pouvoir des mots ont été interrogés à l’heure où s’informer correctement est devenu un enjeu public. ÉCOUTEZ LE DÉBAT compte-rendu C’est dans ce lieu atypique en plein milieu du Mont Ventoux qu’une quarantaine d’habitantes et d’habitants se sont donné rendez-vous pour débattre des mots, de leurs vertus et de leurs dangers. Accompagnés par la journaliste Souâd Belhaddad, nous avons pris le temps de revenir sur les bouleversements qu’ont connus nos moyens de communication en essayant de comprendre ces mots qui ne sont pas innocents, qui ne signifient pas ou plus ce qu’ils ont pourtant l’air de désigner. Les transformations de nos modes de communication à l’heure des réseaux sociaux et des fakes news restent des outils nécessaires pour saisir les enjeux de l’information. Les témoignages croisés de Claude Labro, maire de Sault, et d’Agnès Briançon, secrétaire générale du Syndicat National des Journalistes, ont donné à penser le pouvoir des mots sur nos démocraties. Mais les mots sont aussi, à la manière d’un contre-pouvoir, le terrain de jeu des artistes, des poètes et poétesses qui nous invitent à une autre lecture du monde. Les mots, leur sonorité, la littérature, la richesse de chaque langue sont autant de moyens d’expression de soi, de lien avec les autres et d’appréhension du monde. Une thématique passionnante, qui pose la question de l’enseignement aux plus jeunes, à mi-chemin entre la responsabilité du ministère de l’Éducation, du ministère de la Culture et du service public de l’information. Nous tenons à remercier Anaëlle Talon et Sylvie Dailhy, interprètes en langue des signes française qui ont signé l’ensemble du débat. Nous remercions également toute l’équipe du Mi!lieu pour leur accueil et le travail mené à nos côtés et tout particulièrement son directeur, Loïc Guénin, qui a apporté son éclairage artistique à ce débat. articles du dossier libération Libération s’est associé au Syndeac pour couvrir les débats « Les services publics entrent en scène ! » et proposer des articles en lien avec le thème de chacun d’eux dans un dossier intitulé Quels services publics pour la France de demain ? Violence verbale | Quand les mots deviennent des armes 22 septembre 2025 LIRE L’ARTICLE

Débat | De la censure à l’autocensure : les difficultés du secteur culturel révélatrices du climat politique

28 juin 2025 Le Théâtre des Ilets, CDN de Montluçon Débat animé par Nora Hamadi, journaliste et productrice à France Culture Invités : Carole Thibaut, Directrice du Théâtre des Ilets – CDN de Montluçon ; Juliette Mant, Haute fonctionnaire à la liberté de création ; Claire Dupont, Directrice du Théâtre de la Bastille ; Agnès Tricoire, Présidente de l’Observatoire de la liberté de création. Le 28 juin dernier, le Théâtre des Ilets – CDN de Montluçon – a accueilli le premier rendez-vous du cycle « les services publics entrent en scène ». Ce cycle de rencontres a pour ambition d’ouvrir, partout en France, des espaces de dialogue autour de la place et de l’avenir des services publics. Juliette Mant et Carole Thibault, le 28 juin à Montluçon lors du débat | ©️ Florian Salesse pour le théâtre des Îlets. replay compte-rendu Censure artistique : une histoire ancienne toujours à l’œuvre Au cours du débat, la censure dans le domaine artistique est apparue comme ne se résumant pas à des interdictions officielles. Elle s’inscrit dans une histoire longue, marquée par des controverses et des épisodes de rejet. Depuis la bataille de l’art contemporain dans les années 1990 notamment, la confiance entre institutions et artistes s’est fragilisée. Des épisodes marquants – messes de « décontamination » après certaines représentations, vandalismes assumés, polémiques nourries par des responsables politiques – rappellent que l’art peut être perçu comme une menace dès lors qu’il trouble ou interroge. Or c’est sa mission première ! Le débat l’a montré : ces tensions traversent des contextes très divers, parfois portés par des mouvements se revendiquant du progrès. Elles montrent que la défense de la liberté de création ne peut être considérée comme acquise. Les actes de censure ne sont pas toujours spectaculaires : ils se manifestent aussi dans les silences, les déprogrammations discrètes ou les soutiens retirés. Le public comme prétexte : les logiques d’évitement à l’œuvre L’un des points soulevés pendant la rencontre concerne les discours qui prétendent protéger « le public » de certaines œuvres. Il est apparu clairement, dans les échanges, qu’un des mécanismes les plus répandus de censure contemporaine consiste à invoquer un public abstrait, présenté comme homogène et vulnérable. « Ce n’est pas pour notre public », entend-on parfois dans les institutions culturelles, pour éviter de présenter des œuvres potentiellement controversées. Cette logique protectrice, qui s’apparente à une forme d’infantilisation, masque en réalité des stratégies d’évitement face aux financeurs, aux élus, ou à une opinion supposée hostile. Or, comme plusieurs interventions l’ont souligné, le public n’est pas monolithique. Il est aussi un acteur politique, capable de refuser cette posture tutélaire, notamment en se prononçant dans les urnes. Encore faut-il rester lucide sur les usages politiques de la colère. L’histoire récente montre comment des promesses électorales peuvent instrumentaliser une indignation collective, sans se traduire ensuite en actes cohérents une fois le pouvoir conquis. Partout en France, une parole vive pour défendre la liberté de création Le choix d’organiser ce premier débat à Montluçon, dans une ville moyenne du Massif central, souvent associée à la « diagonale du vide », n’était pas anodin. Il a permis d’ancrer la discussion dans une réalité concrète, loin des cercles parisiens, mais pas pour autant coupée des enjeux nationaux. Le lieu et le contexte ont donné une tonalité particulière aux échanges. Le public, nombreux, a pris la parole avec spontanéité et liberté, partageant des témoignages personnels sur des censures subies, des obstacles à la création, des formes d’autocensure ou de pression dans les institutions. Enseignants, artistes, citoyens ont raconté leurs efforts pour maintenir un accès à l’art malgré les restrictions. Ce foisonnement de prises de parole a montré que le sujet concernait tout le monde. Les discussions ont aussi mis en évidence que les atteintes à la liberté de création ne concernent pas seulement les petites villes ou les campagnes. Elles sont également à l’œuvre dans les grandes agglomérations, y compris en région parisienne, où des cas de pressions ou de coupes budgétaires ciblées se multiplient. Les arts de la rue, l’espace public, les scènes subventionnées : partout, la censure prend des formes variées. Dans ce contexte de rétrécissement des espaces de dialogue, ce débat a rappelé la nécessité de défendre les lieux culturels comme des espaces d’agora. Non seulement pour accueillir des œuvres, mais pour permettre la confrontation des idées, le désaccord, la construction d’un commun. articles du dossier libération Libération s’est associé au Syndeac pour couvrir les débats « Les services publics entrent en scène ! » et proposer des articles en lien avec le thème de chacun d’eux dans un dossier intitulé Quels services publics pour la France de demain ? Pressions | Culture : «Qu’on cesse de manipuler l’art à des fins politiques» LIRE L’ARTICLE Éclairage | Les mille et un visages de la censure LIRE L’ARTICLE Enquête | Budget de la culture : le secteur accuse les coupes LIRE L’ARTICLE