Avignon : les artistes interpellent le Président de la République sur l’avenir du service public de la culture

Hier, dans la Cour d’honneur du Palais des papes, de nombreux·ses artistes se sont relayé·es pour lire, un paragraphe à la fois, un texte adressé à Emmanuel Macron. Face à des coupes budgétaires « d’une brutalité inédite », une seule voix pour exiger l’annulation des nouvelles coupes et l’ouverture d’un débat national sur l’avenir du service public de l’art et de la culture. Une seule voix, portée par toutes les disciplines Théâtre, danse, cirque, musique, marionnette, performance : chacun·e a lu à tour de rôle un paragraphe d’un même texte, construit comme une adresse continue au chef de l’État. Le dispositif, pensé pour rassembler la diversité des esthétiques et des générations autour d’une parole commune, a duré 4 minutes 30. Un constat chiffré et sans appel Le texte rappelle qu’aujourd’hui la culture ne représente plus que 0,7% du budget de l’État, soit 14 euros par habitant et par an. Il dénonce des spectacles déprogrammés, des saisons amputées à la dernière minute, des équipes précarisées et des lieux contraints de renoncer à leur mission. Les artistes y affirment qu’un budget ne saurait tenir lieu de projet politique, et qu’une politique culturelle digne de ce nom commence par définir ce qu’elle veut rendre possible. Trois demandes, un an avant la fin du mandat À un an du terme de ses deux mandats, le Président de la République est appelé à annuler immédiatement les nouvelles coupes budgétaires, à ouvrir un véritable débat national sur l’avenir du service public de l’art et de la culture, et à s’engager à porter progressivement ce budget à au moins 1% des dépenses de l’État. Le texte rappelle en creux le précédent de l’année blanche, obtenue pendant la crise sanitaire, comme preuve qu’une décision politique de cette ampleur reste possible. TEXTE INTÉGRAL DE LA PRISE DE PAROLE COLLECTIVE Monsieur le Président, nous, artistes réunis à Avignon, vous interpellons aujourd’hui pour le théâtre, la danse, le cirque, la musique, la marionnette, la performance, qui subissent depuis plusieurs mois des attaques d’une brutalité inédite. Monsieur le Président, à l’heure où nous sommes confrontés à une puissante offensive réactionnaire, à la fragmentation du débat public et à une défiance envers les institutions, nous affirmons qu’affaiblir le service public de l’art et de la culture serait une erreur historique. Les coupes budgétaires à répétition et celles qu’on nous annonce nous obligent à crier tant il y a urgence. Monsieur le Président, une politique culturelle ne peut être réduite à des arbitrages comptables. Un budget est un moyen. Il ne saurait tenir lieu de projets politiques. Nous croyons fermement qu’une politique publique digne de ce nom commence par définir ce qu’elle veut rendre possible. Monsieur le Président, aujourd’hui, la culture ne représente plus que 0,7% du budget de l’État, soit 14 euros par habitant et par an d’art et de culture. Comment accepter que des économies aussi dérisoires puissent, en quelques mois, défaire ce que des décennies de politiques culturelles ont patiemment construit, et détruire avec elles, avec une telle violence, les espaces symboliques permettant à une société de se penser elle-même, à travers l’imaginaire, la poésie et la fiction ? Monsieur le Président, des spectacles déprogrammés, des saisons amputées à la dernière minute, des équipes artistiques, techniques et administratives précarisées et épuisées, des lieux contraints de renoncer à leur mission. Est-ce ce paysage de ruines que vous voulez laisser derrière vous ? Monsieur le Président, vous arrivez dans un an au terme de vos deux mandats à la plus haute fonction de l’État. Au moment de la crise sanitaire, vous avez su, avec l’année blanche, empêcher le naufrage du monde de la culture. Il vous appartient aujourd’hui d’aller au bout de ce geste. Monsieur le Président, vous le savez, le service public de l’art et de la culture n’est pas davantage un privilège accordé aux artistes que l’hôpital ne l’est aux soignants ou l’école à celles et ceux qui y enseignent. Il est un bien commun qui protège nos vies d’une réduction à leur seule valeur économique, nourrit l’esprit critique et fait vivre le dissensus, condition même de toute démocratie. Monsieur le Président, vous avez souvent rappelé que l’empreinte laissée par les grandes femmes et les grands hommes politiques se mesure aussi à l’héritage culturel qu’ils laissent derrière eux. L’heure est venue de choisir de quel côté de l’histoire vous voulez vous tenir. Ne soyez pas celui qui aura tout détruit. Monsieur le Président, l’urgence de la situation nous conduit à vous demander de prendre au plus tôt les décisions qui s’imposent. Annuler immédiatement ces nouvelles coupes budgétaires. Ouvrir un véritable débat national sur l’avenir du service public de l’art et de la culture. Vous engager à porter progressivement à au moins 1% du budget de l’État les moyens qui lui sont consacrés afin de permettre aux équipes artistiques de retrouver les conditions de leur indépendance de création, d’accompagner durablement les artistes et les œuvres, et à chacune et chacun de bénéficier d’un égal accès à l’art et la culture sur l’ensemble du territoire. Monsieur le Président, ce qui est en jeu n’est pas seulement l’avenir d’une profession, mais celui d’une certaine idée de la République. Vous en avez le pouvoir, il ne tient qu’à vous.
Signez « CULTURE PARTOUT, 1% OBLIGATOIRE »
Depuis plusieurs années, les moyens consacrés à la création artistique diminuent et les incertitudes budgétaires fragilisent le spectacle vivant public. Jusqu’à présent, nous avons tout mis en œuvre pour limiter les conséquences sur le public. Aujourd’hui, l’ampleur des coupes budgétaires nous oblige à vous alerter et à solliciter votre soutien aux démarches engagées par nos organisations professionnelles auprès du gouvernement. SIGNEZ L’APPEL Des conséquences déjà visibles Les effets sont désormais concrets : annulation ou réduction de programmations, fragilisation financière des théâtres et des compagnies, difficultés à payer les salaires et les charges, productions menacées, baisse du nombre de représentations, des artistes, techniciennes et techniciens qui ne trouvent plus assez d’emplois, qui sortent de l’intermittence et se retrouvent au RSA, suppression d’emplois permanents, non-remplacement des départs à la retraite, diminution des recrutements et multiplication des situations d’épuisement professionnel. Notre constat Les festivals sont une des fiertés culturelles de notre pays Ils sont une démonstration évidente de ce que la culture peut avoir comme impact sur la vitalité d’un territoire. Ils reposent sur un écosystème constitué de compagnies, de lieux de création qui accompagnent les artistes pour leur création et qui participent toute l’année à la faisabilité des festivals. C’est cet équilibre qui est aujourd’hui menacé. À l’heure où nos démocraties sont confrontées à une véritable offensive réactionnaire, à la fragmentation du débat public et à la défiance, nous affirmons qu’affaiblir ces institutions constitue une erreur historique. Nous refusons que les équipes artistiques et les responsables de lieux soient contraints de décider seuls ce qui doit disparaitre ; quels emplois, quels projets ou quels artistes, sans avoir jamais été associés aux décisions qui conduisent à cette situation. à l’occassion des festivals d’été, nous demandons au gouvernement Un moratoire immédiat sur les réductions budgétaires touchant le spectacle vivant. C’est la condition sine qua non de la réalisation d’un diagnostic sérieux préalable à toute réflexion et toute nouvelle décision. La création d’une cellule de crise interministérielle chargée de coordonner l’action de l’ensemble des ministères concernés par la transversalité de la politique culturelle (Culture, Éducation nationale, Économie, Cohésion des territoires, Intérieur, Tourisme, Travail). La mise en place d’une conférence permanente réunissant l’État, les collectivités territoriales et les représentants du secteur. L’ouverture d’un plan national de refinancement du service public de la culture. Les 10 raisons de soutenir le spectacle vivant ! Le modèle culturel français est le fruit d’une longue histoire, qui s’est profondément structurée après 1945 autour d’une ambition : faire de la culture un bien commun accessible à toutes et tous. Fondé sur la liberté de création, le soutien public aux artistes et l’accès du plus grand nombre aux œuvres, il constitue aujourd’hui un patrimoine vivant en lui-même. Soutenir l’appel c’est préserver un héritage collectif et transmettre aux générations futures un modèle reconnu dans le monde entier. La culture représente seulement 0,7 % du budget de l’État. Les économies qui pourraient être réalisées en réduisant les financements sont marginales au regard des conséquences durables qu’elles entraînent pour les artistes, les structures culturelles, les territoires et les citoyennes et citoyens. La fréquentation est en hausse. Les salles accueillent toujours plus de spectateurs et spectatrices, preuve que le besoin de culture est bien réel, alors même que les moyens alloués aux établissements et aux équipes diminuent. Les emplois du spectacle vivant sont essentiels et non délocalisables. Les artistes, techniciennes, techniciens et personnels administratifs rendent possible la création et la diffusion des œuvres. Ils reposent sur le régime de l’intermittence, une modalité d’emploi précaire et discontinue, où la protection sociale demeure fragile. Soutenir la culture, c’est aussi défendre ces travailleuses et travailleurs indispensables. Les festivals ne naissent pas en été. Ils sont le fruit du travail des artistes et des scènes publiques tout au long de l’année. Les fragiliser, c’est condamner les étés culturels de demain. Les territoires ne doivent pas être directement pénalisés. Le spectacle vivant génère d’importantes retombées économiques pour l’hôtellerie, la restauration, les commerces de proximité et de nombreux acteurs locaux. Chaque euro investi dans la culture bénéficie largement à l’économie des territoires. Les lieux de spectacle vivant permettent de se rencontrer, de se rassembler. Ils nous invitent à sortir de chez nous pour partager des émotions, rencontrer et créer du lien social. Les salles de spectacle demeurent des espaces collectifs hors des sollicitations algorithmiques où nous vivons des expériences collectives et où nous faisons société.
Table ronde à l’Assemblée nationale : le Syndeac alerte sur l’empilement de menaces

Claire Guièze, co-présidente du Syndeac était auditionnée par les membres de la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale dans le cadre d’une table ronde, réunissant les représentants de Scène Ensemble, du Synavi et de l’association des scènes nationales. La présence massive des parlementaires, très nettement mobilisés, nous a permis de faire passer un message clair : l’empilement des menaces, budgétaires, écologiques, numériques, démocratiques nécessitent un soutien fort des pouvoirs publics : État comme collectivités territoriales. Nous avons rappelé les fondamentaux qui font aujourd’hui la qualité d’un service public plébiscité par les citoyens et citoyennes. En mettant l’accent sur la réussite du maillage territorial, des salles pleines partout sur le territoire, et sur le travail quotidien des artistes dans la création et la diffusion d’oeuvres, et les actions d’éducation artistique sur les territoires nous faisons une demande forte : une politique publique ambitieuse, un soutien renforcé et de la lisibilité. PRISE DE PAROLE DU SYNDEAC Le Syndeac, et l’ensemble des organisations professionnelles ici représentées souhaitent tout d’abord vous remercier pour ces propos liminaires et pour l’organisation de cette table ronde, que nous estimons fondamentale dans le contexte dégradé dans lequel évolue le service public de la culture. Je suis Claire Guièze co-présidente du syndicat national des entreprises artistiques et culturelles. Le Syndeac est le premier syndicat des entreprises culturelles du spectacle vivant public, il rassemble 537 adhérents (247 lieux de spectacle et 290 compagnies) dans tous les champs artistiques du spectacle vivant. Il a un rôle central et historique, dans la défense et la promotion du spectacle vivant, l’accès à la culture, la transmission, l’éducation artistique et culturelle. Si l’intitulé de notre table ronde est la situation du théâtre public ; il me semble nécessaire de rappeler pour la cohérence de mes propos que les enjeux et fragilité que traverse le théâtre sont similaires à l’ensemble du secteur du spectacle vivant public toutes disciplines confondues. À ce titre je commencerai mon propos liminaire par un court état des lieux de la situation de notre secteur qui, je le crains, ne surprendra personne puisque nous assistons à une accélération des mécanismes de fragilisation du secteur. Depuis la crise sanitaire nous sommes confrontés à des injonctions paradoxales qui animent le quotidien de nombreux professionnels. Dans un contexte de brutalisation et de polarisation de la société, d’instabilité géopolitique, les Français et Françaises n’ont jamais autant plébiscité le service public de la culture. Les chiffres d’audience du service public aussi bien de l’audiovisuel que les chiffres de billetterie du spectacle vivant public le prouvent. Dans le même temps et c’est là où se loge le paradoxe, notre secteur d’activité n’a jamais été dans une situation d’aussi grande vulnérabilité, confronté à un empilement de menaces. Notre secteur est au bord de la rupture avec : Des menaces budgétaires d’abord. La loi de finances 2026 a entériné une diminution de plus de 200 millions d’euros de la mission culture, mission à laquelle sont rattachées les structures culturelles que nous représentons aujourd’hui. Les baisses de dotations des collectivités que nous dénonçons de concert avec les associations d’élus se répercutent également massivement sur les budgets alloués à la politique culturelle. Les disponibles artistiques fondent, le nombre de titres par saison également, les actions de territoires sont affaiblies. C’est ainsi l’emploi des artistes, des techniciens et techniciennes qui se précarise et disparait. Cette situation conduit à l’accélération du plan social à bas bruit que nous dénonçons dans notre syndicat et avec l’intersyndical unitaire depuis 2024. Des menaces climatiques ensuite. N’étant pas exempt des mutations profondes qui traversent notre société, notre secteur prend sa part dans la mutation écologique et embrassent ces questions. Avec là encore des injonctions paradoxales : celles de faire, de faire vite, de faire bien mais sans moyens. Les menaces numériques Marquées par l’essor rapide des usages de l’intelligence artificielle, qui s’accompagne d’un processus d’adaptation législative et réglementaire encore lent. Enfin la menace démocratique Le constat est clair : la culture ne fait plus aujourd’hui l’objet d’un consensus politique comme ce fut le cas durant les 60 dernières années, nous n’avons pu que le constater dans le cadre de la dernière campagne des élections municipales ! À l’occasion de l’année Malraux initiée par le ministère cette année, se pose la question de son héritage réel. Au-delà des discours officiels, il s’agit d’évaluer la solidité et la durabilité de la décentralisation culturelle, de la démocratisation culturelle, de la pérennité du maillage territorial que le monde entier nous envie ainsi que la volonté politique de continuer à soutenir les artistes. Le constat est dur mais il est encore temps d’agir. Cela suppose des choix clairs, politiques et je veux ici conclure par quelques propositions. Premier impératif : préserver l’existant Et donc garantir les moyens d’une politique culturelle ambitieuse, accessible, et structurante pour notre société, la loi de finances 2027 sera, à cet égard, déterminante. Le secteur ne pourra souffrir d’aucune diminution de crédits supplémentaires au risque de condamner définitivement son héritage et le maillage territorial tel qu’il a été travaillé et soutenu durant les dernières décennies. Deuxième impératif : la protection de l’emploi Et j’entends par là le maintien et le refinancement de l’unique dispositif de soutien à l’emploi de notre secteur le Fonpeps ainsi que la préservation des annexes 8 et 10 de l’assurance chômage, essentielles à l’équilibre de notre écosystème. Troisième point : la défense explicite et réaffirmée de la liberté de création et de programmation telles que définies dans la loi LCAP de 2016. Mesdames et Messieurs les députés, la profession est aujourd’hui inquiète et elle a de bonnes raisons de l’être. Les menaces sont multiples, profondes, et désormais systémiques. La question qui vous est posée est simple, mais fondamentale : quelle place voulons-nous accorder à la culture dans notre société ? Car derrière cette question, il y en a une autre : comment voulons-nous faire société, ensemble ? La culture ne peut pas rester à la périphérie du débat public. Elle doit en redevenir un pilier. Je vous remercie.
Courrier de l’intersyndicale du spectacle vivant public en réponse à l’invitation à une rencontre avec Madame la ministre de la Culture
Madame la Ministre, Nous sommes très étonnés de la temporalité du rendez-vous que vous nous proposez dans l’urgence, au lendemain de la rencontre de notre intersyndicale avec Monsieur Christopher Miles, Directeur général de la création artistique, le 26 janvier 2026. Comme ce dernier l’a rappelé en ouverture des Biennales internationales du spectacle, le dialogue social devrait être au coeur de la recherche de solutions dans une telle période de crise. La concertation devrait donc faire l’objet d’un traitement planifié, anticipé et organisé. Il est regrettable de recevoir une proposition de rendez-vous avec vous après les arbitrages budgétaires, alors qu’aucun entretien de dialogue et de concertation n’a été organisé en amont de ces prises de décisions. Les échanges que nous avons eus avec vos services ces derniers mois ont été présentés comme une concertation, alors même que les projets de décrets ne nous ont jamais été transmis et que les arbitrages définitifs ont été rendus dans le seul dialogue entre Bercy et votre ministère. La direction générale de la création artistique s’était engagée à publier un décret de simple prolongation du FONPEPS. Cet engagement n’a pas été tenu. Le décret publié au Journal officiel du 30 décembre 2025 transforme en profondeur le dispositif : réduction des niveaux d’aide, introduction de nouvelles conditions d’accès restrictives, plafonnement à 35 millions d’euros annuels contre 60 millions mobilisés ces deux dernières années. Ces modifications substantielles ont été opérées sans étude d’impact préalable sur l’emploi dans notre secteur. Les derniers ajustements budgétaires ont été présentés comme tenant compte des urgences du secteur. Ils ne répondent en rien à la très grande inquiétude de nos entreprises et de nos salariés quant à la réforme du FONPEPS et, d’une manière générale, quant aux crédits du ministère de la Culture. La loi de finances pour 2026 consacre une baisse de 4,6 % de la mission Culture, soit 170 millions d’euros de moins qu’en 2025, tandis que le programme « Création » accuse une diminution de 4,3 % de ses crédits de paiement. Par ailleurs, la reconstitution de l’enveloppe de la part individuelle du pass Culture à hauteur de 30 millions d’euros apparaît comme une provocation dans le contexte budgétaire actuel. Aucune considération n’a été accordée aux différents amendements portés par les commissions culture de l’Assemblée Nationale et du Sénat, qui ne demandaient pas de rehausser la part individuelle du pass Culture, mais de consolider largement le FONPEPS, de réévaluer à la hausse les crédits du programme 131 « Création », l’éducation artistique et culturelle ainsi que la part collective du pass Culture. Au-delà de son rôle structurant pour l’emploi artistique, technique et administratif, le FONPEPS constitue un levier essentiel pour la diversité des formes artistiques et l’accès de toutes et tous à la culture, y compris dans les territoires les plus éloignés de l’offre culturelle. En soutenant la pérennisation des emplois, ce fonds permet aux équipes de s’inscrire dans la durée, de développer des projets ambitieux et d’aller à la rencontre des publics sur l’ensemble du territoire national. Affaiblir le FONPEPS, c’est compromettre directement les objectifs de démocratisation culturelle et d’irrigation des territoires ruraux que vous avez vous-même érigés en priorités politiques. Force est de constater l’incohérence manifeste entre les ambitions que vous communiquez – le Plan culture et ruralité, la démocratisation de l’accès à la culture – et leur traduction en arbitrages budgétaires. Dans notre dernier courrier intersyndical, nous vous avons adressé la liste de nos revendications, qui demeurent pleinement d’actualité. Nous refusons que le FONPEPS, obtenu en 2016 à l’issue de la lutte des intermittents contre la convention d’assurance chômage du 14 mai 2014, soit sacrifié sur l’autel des arbitrages budgétaires. Nous refusons que des dispositifs essentiels à l’emploi soient vidés de leur substance sans débat démocratique, sans transparence et sans responsabilité politique assumée. Le spectacle vivant traverse une crise sans précédent, aggravée par le désengagement conjugué de l’État et des collectivités territoriales dans un contexte d’inflation des coûts fixes. Selon les projections du secteur, une compagnie sur cinq pourrait disparaître dans les mois à venir. Face à cette situation dramatique, le secteur a besoin d’une ministre de la Culture qui défende son budget avec détermination, qui porte ses politiques publiques avec conviction et qui assume pleinement la protection de l’emploi. En l’état, les décisions prises traduisent un renoncement politique. Sans avancées réelles sur nos attentes, nous ne sommes donc pas en mesure de répondre positivement à votre invitation. Si ces choix devaient être maintenus, vous porteriez l’entière responsabilité des conséquences sociales, économiques et culturelles qui en découleront pour notre secteur et pour les territoires qu’il irrigue. Nos organisations ne s’y résigneront pas et poursuivront leur mobilisation avec toute la détermination que requiert la défense de l’emploi et des moyens dédiés à la création artistique. Nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de notre haute considération. organisations signataires Fédération nationale des arts de la rue – FNARFédération Nationale des Syndicats du Spectacle, du Cinéma, de l’Audiovisuel et de l’Action Culturelle CGT – CGT SpectacleLes Forces Musicales – Syndicat professionnel des opéras, des orchestres et des festivals d’art lyriqueScène Ensemble – Organisation professionnelle des arts de la représentationSNAM-CGT – Musicien.nes – Enseignant.es et interprètesSyndicat des Cirques et Compagnies de Création – SCCSyndicat des musiques actuelles – SMASyndicat français des artistes interprètes – SFA-CGTSyndicat national des arts vivants – SYNAVISyndicat national des entreprises artistiques et culturelles – SYNDEACSyndicat National des Metteuses et Metteurs en Scène – SNMS-CGTSyndicat National des Musiciens et du Monde de la Musique – SN3M-FOSyndicat National des Professionnel.les du Théâtre et des Activités Culturelles – Synptac-CGT
Déclaration du Syndeac sur la situation à Gaza

Le Conseil national du Syndeac, réuni ce lundi 16 juin 2025, a adopté à l’unanimité cette déclaration relative à la situation à Gaza. Dans la nuit du 17 au 18 mars 2025, le gouvernement israélien a rompu de manière unilatérale un cessez-le-feu entré en vigueur il y a seulement six mois. Depuis, les bombardements ne se sont pas arrêtés. A l’heure où nous rédigeons ce communiqué, 90% de la population est déplacée, 80% des bâtiments ont été rasés, de nombreuses écoles et hôpitaux ont été détruits et il est quasiment impossible pour la population d’accéder aux soins les plus élémentaires. Suite au blocus hermétique du territoire mis en place par le gouvernement de Benjamin Nethanyaou le 2 mars dernier, c’est l’intégralité de la population gazaouie, soit environ plus de 2 millions de personnes, qui fait face aujourd’hui à un risque de famine. Face à ce drame, les paroles des professionnels de la culture sont à la fois dérisoires et essentielles. Nous plaiderons toujours en faveur d’une politique d’hospitalité et d’accueil pour les personnes, où qu’elles se trouvent dans le monde, et qui voient leurs vies menacées et subissent l’oppression de régimes politiques qui veulent imposer une hégémonie idéologique, économique et culturelle. Devant l’extrême gravité de la situation actuelle dans la bande de Gaza, il nous semble nécessaire de rappeler les valeurs de solidarité et d’hospitalité qui valent pour l’ensemble de nos pairs dont la liberté et l’existence sont menacées. Les professionnels du spectacle vivant tiennent à affirmer leur solidarité avec la population palestinienne en pensant bien sûr aussi à nos collègues artistes. L’atrocité des crimes passés ne peut justifier l’atrocité des crimes en cours, dont des civils innocents et des enfants sont les premières victimes. Cette solidarité vaut aussi pour la population israélienne et pour les opposants aux actions militaires de Benjamin Nethanyaou, à commencer par nos collègues, artistes, comédiens et mais aussi les journalistes et toutes celles et ceux qui font face à des actes d’ intimidations, de censure ou à des arrestations arbitraires depuis le début du conflit. Dans ce contexte tragique, nous réaffirmons tous et toutes notre attachement à la liberté d’expression ainsi qu’à la liberté de création et de diffusion. Aussi, nous tenons à partager ici l’inquiétude d’Amnesty International qui dénonce depuis plusieurs mois, des restrictions disproportionnées en France, à l’encontre de la liberté d’expression et de réunion des défenseurs des droits des Palestiniens. Les interdictions de manifestation ou de rassemblement et des dissolutions d’associations ne sauraient être justifiées dans le cadre démocratique national. Nous déclarons soutenir toute initiative d’accrochage, au fronton des salles de spectacles, de message de soutien à la paix ou plus généralement de tout autre symbole ou prise de parole pour revendiquer un cessez-le-feu immédiat et un rétablissement à grande échelle de l’accès à l’aide humanitaire et aux marchandises dans la bande de Gaza. Seule la sensibilisation des peuples et de leur mobilisation permettra l’arrêt de cette barbarie.
Demande de révisions des critères DRAC des équipes artistiques

Tribune interprofessionnelle Nous, acteurs et actrices du paysage du spectacle vivant, tenons à alerter publiquement sur la situation catastrophique dans laquelle se trouvent aujourd’hui les équipes artistiques du spectacle vivant public. Nous demandons au ministère de la Culture une révision immédiate et significative des critères d’accès à l’aide au projet et au conventionnement pluriannuel. Plus que jamais, dans un contexte de tensions sociales, économiques et politiques, le rôle du service public de l’art et de la culture est essentiel : faire société, cultiver le vivre-ensemble, défendre des valeurs sociétales et favoriser la création d’œuvres d’art et de l’esprit qui enrichissent notre démocratie. Or, ces valeurs sont aujourd’hui gravement mises à mal. Le secteur du spectacle vivant public est attaqué de toutes parts : financièrement bien-sûr, avec des coupes budgétaires massives, et l’érosion permanente des soldes artistiques disponibles du fait de l’inflation, mais aussi idéologiquement, par une remise en cause profonde du sens même du service public de la culture. Au niveau étatique, la politique d’aides publiques aux équipes artistiques est désormais hors-sol par rapport aux réalités du terrain et à la crise que connaît actuellement le secteur (cf. étude LAPAS 2024 qui faisait apparaître une baisse moyenne de la diffusion de 33% entre les saisons 23/24 et 24/25). Depuis la réforme de 2022, les critères d’éligibilité aux aides du ministère sont devenus inatteignables pour une majorité de compagnies : 25 représentations sur 2 ans et 70 sur 3 ans pour la danse, 20 représentations sur 2 ans et 70 sur 3 ans pour la musique ou encore 50 représentations sur 2 ans et 90 sur 3 ans pour le théâtre dans deux régions minimum, 80 représentations pour le cirque, les arts de la rue et les DOM.. Ce sont des objectifs très difficilement réalisables, surtout dans un contexte de raréfaction des moyens de production et de diffusion et l’apparition d’un nouveau critère concernant la co-réalisation. Les dispositifs dérogatoires, censés offrir une certaine souplesse, ne relèvent plus aujourd’hui que de l’exception. Ils sont devenus une norme implicite, introduisant une véritable inégalité entre les équipes artistiques, en fonction du positionnement individuel de leur conseiller ou de la politique menée par la DRAC dont elles dépendent – des politiques qui peuvent varier du tout au tout selon les territoires. Il n’est pas acceptable que l’avenir des équipes artistiques et de leurs salarié·es dépendent de critères aussi opaques et variables. Les conséquences sont déjà visibles et alarmantes : pour l’année 2025, diminution de 22 % des demandes de convention théâtre et arts associés pour la DRAC Île-de-France. De nombreuses équipes renoncent d’avance, par autocensure, à formuler une demande, conscientes qu’elles ne rempliront pas les critères exigés. C’est un plan de licenciement massif, à la fois visible et invisible, qui est en train de se mettre en place dans un silence assourdissant. Par ailleurs, les politiques publiques actuelles semblent vouloir remplacer le soutien structurant du ministère par une logique de guichet ou de marché. Certaines aides, comme le Fonds de Soutien à la production de la DGCA, sont attribuées sans critères lisibles. Nous demandons donc solennellement au ministère de la Culture : Une révision immédiate à la baisse des critères d’accès des différentes aides au projet et au conventionnement pluriannuel. Une prise en compte du volume d’emploi rémunéré sur les répétitions et les dates de représentations plutôt que la nature du contrat qui lie les compagnies aux structures. Une réaffirmation forte du rôle du service public de la culture, garant d’un accès équitable à la création et à la diffusion sur tout le territoire. La défense du Fonpeps dans le cadre de sa renégociation, en garantissant son volume à hauteur de 60 millions d’euros en 2026. Il y a urgence. Nous attendons des décisions politiques courageuses permettant au service public de l’art et de la culture de remplir pleinement ses missions. les signataires Les organisations professionnelles : ACDN – Association des Centres dramatiques nationaux A-CNAREP – Association des Centres nationaux des arts de la rue et de l’espace public ASN – Association des Scènes nationales CGT Spectacle Chorégraphes Associé.e.s LAPAS – L’Association des Professionnel·le·s de l’Administration du Spectacle La FéRue – Fédération des arts de la rue en Île-de-France Latitude Marionnette – réseau national de structures de production et de di?usion pour les arts de la marionnette Le G20 Île-de-France Le Réseau Actes if – lieux artistiques et culturels indépendants en Île-de-France Le SCC – Syndicat des Cirques et Compagnies de création Le SNMS – Syndicat National des Metteurs en Scène Le SYNAVI – Syndicat national des arts vivants Le SYNDEAC – Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles Scène Ensemble Scènes d’enfance – ASSITEJ France Territoires de Cirque SFA CGT – Syndicat Français des Artistes Interprètes SYNPTAC-CGT – Syndicat national des professionnel.les du théâtre et des activités culturelles SNAM-CGT – Union Nationale des syndicats d’artistes musiciens de France – CGT Les expertes et experts et anciens expertes et experts de la DRAC Ile-de-France Laetitia Ajanohun, autrice, metteuse en scène, collège théâtre et arts associés Guillaume Barbot, auteur, metteur en scène, collège théâtre et arts associés Antoine Blesson, directeur de production Le Grand Gardon Blanc, collège théâtre et arts associés Lucas Bonnifait, directeur du Théâtre 13, collège théâtre et arts associés Bruno Boulzaguet Directeur Nouveau Théâtre de l’Atalante & Cie Théodoros Group, collège théâtre et arts associés Sébastien Bris, Directeur Artistique Cergy Soit !, collège théâtre et arts associés Philippe Chavanis, administrateur de production co-direction Lilas en Scène, collège théâtre et arts associés Valérie Contet, directrice des Bords de Scènes Grand-Orly Seine Bièvre, collège théâtre et arts associés Ludmilla Dabo, comédienne, autrice, metteuse en scène, collège théâtre et arts associés Simon Delattre, Directeur de La Nef à Pantin et de la compagnie Rodéo Théâtre, collège théâtre et arts associés Claire Dupont, Directrice du Théâtre de la Bastille, collège théâtre et arts associés Véronique Felenbok, directrice de production, fondatrice Bureau des Filles, collège théâtre et arts associés Frédérique Ehrmann, directrice adjointe déléguée au développement du projet – T2G Théâtre de Gennevilliers, collège théâtre et arts associés
L’appel de Montreuil
Nous relayons l’appel de Montreuil signé par l’Association des Centres dramatiques nationaux, souhaitant alerter sur la situation de plus en plus préoccupante de nos institutions théâtrales. Le 29 mars 2025 En l’espace d’un an, plusieurs figures de notre paysage théâtral ont annoncé qu’elles quitteraient prématurément la direction des institutions qui leur avaient été confiées. Ce sont là des symptômes de la crise profonde que traverse notre secteur. À l’occasion de ces départs, nous entendons une insidieuse rhétorique : les problèmes de nos théâtres viendraient d’abord de leur « lourdeur », de leurs frais de fonctionnement trop élevés, de leurs équipes permanentes pléthoriques, de leur cahier de missions trop ambitieux et du fait que les artistes ne seraient pas d’assez bons gestionnaires. C’est l’éternel refrain de ceux qui prennent appui sur le réel affaiblissement des services publics dans notre pays pour contester leur efficacité, leurs missions, et à terme, leur existence. La réalité est pourtant bien plus triviale : au cours de la décennie écoulée, la stagnation des financements publics, combinée à l’inflation, a fait perdre au seul réseau des CDN l’équivalent de dix millions d’euros de capacité financière. Les coupes budgétaires des collectivités territoriales ne font qu’aggraver la situation. Ce sont autant de projets abandonnés, d’ambitions avortées, d’emplois détruits. Cette situation alarmante porte en elle un paradoxe. Celui de l’adhésion et de l’enthousiasme toujours plus grands des publics pour nos théâtres, qui atteignent ces derniers temps des taux de fréquentation inédits. Cette même vitalité se fait également ressentir dans le réseau des CDN par le renouvellement des formes artistiques, le partage des outils de production, la féminisation des directions, la parité dans les programmations, la place faite aux représentations de la diversité… Aujourd’hui, les Centres dramatiques nationaux soutiennent et accompagnent le travail de plus de 200 artistes associé·es et de très nombreuses compagnies, en grande difficulté alors même qu’ils et elles sont des acteurs majeurs de la dynamique culturelle des territoires. Ce travail essentiel, mené conjointement par les équipes artistiques, les équipes permanentes de nos lieux et des directions animées par un véritable projet démocratique et émancipateur, est désormais gravement fragilisé. Cette fragilisation vient pour beaucoup expliquer le départ anticipé de certains de nos collègues n’ayant plus les moyens de leur première mission : accompagner les artistes. Le théâtre public est au fond pris dans la même spirale infernale que l’école, l’hôpital, l’aide sociale ou la justice : une érosion constante de ses moyens d’action, qui conduit mécaniquement à la difficulté de rendre les services qu’il est censé rendre, et qui induit à terme une remise en cause des principes mêmes sur lesquels il a été fondé. Mais notre secteur ne souffre plus seulement de la traditionnelle offensive budgétaire : elle s’accompagne désormais d’une véritable guerre culturelle, déclarée par les forces les plus réactionnaires de notre pays à un certain nombre de symboles de notre creuset républicain. Face à cet affaiblissement systémique et ces attaques idéologiques, nous en appelons aux élu·es de notre pays. Nous avons aujourd’hui besoin d’un discours clair, un horizon et des actes capables de contrer les forces anti-républicaines qui s’attaquent directement à la liberté d’expression et de création pourtant garantie par la loi, à la richesse et à la diversité de notre histoire nationale, en œuvrant de façon extrêmement active à faire prévaloir «nleur » Histoire, « leur » Culture et « leur » France, au prix de toutes les approximations et de toutes les manipulations. Plus que jamais, nous avons conscience de la crise que traverse notre secteur, et, au delà de lui, l’ensemble de notre société qui est au seuil d’une transformation idéologique mortifère. C’est pourquoi les Centres dramatiques nationaux affirment leur solidarité vis-à-vis des artistes et s’engagent aujourd’hui pleinement auprès des services publics qui ont décidé de se mobiliser pour défendre ensemble le projet d’une société libre, égale et fraternelle. Dans le cadre du Printemps des services publics, nous appelons à un nécessaire sursaut des forces républicaines de notre pays. Les directrices et directeurs des 38 Centres dramatiques nationaux
L’appel du Printemps des services publics

Le Syndeac s’associe pleinement au Printemps des services publics. Face à la fragilisation continue de nos services publics et à l’affaiblissement de leurs missions d’intérêt général, il est urgent de réaffirmer leur rôle fondamental dans la cohésion sociale. Nous invitons chacune et chacun d’entre vous à soutenir cette initiative. Face aux crises, ne choisissons pas entre les enjeux de sécurité et la reconstruction des services publics signez et faites signer l’appel Depuis plusieurs semaines, à mesure que se dégrade la situation géopolitique, monte en France une petite musique : nous n’aurions pas les moyens de faire face aux investissements nécessaires au renforcement de notre défense, il serait inéluctable de prélever ces financements sur les services publics, la sécurité sociale et la lutte contre le dérèglement climatique. Alors qu’Outre-Atlantique, l’action de D. Trump met en évidence les conséquences dramatiques de la destruction de toutes les formes du public, nous, associations, syndicats, intellectuel.le.s, ONG et citoyen.ne.s, alertons : notre démocratie est au moins autant menacée par un délitement des services publics que par une offensive militaire. Se donner les moyens d’éviter celle-ci ne peut pas être un prétexte pour dégrader encore les premiers, bien au contraire : ce contexte nous enjoint à renforcer l’ensemble des solidarités qui font le socle de notre démocratie et à réaffirmer le sens d’une contribution commune pour les financer. Une trajectoire dogmatique Les attaques de plus en plus fréquentes contre la recherche, l’éducation, la justice, la culture, l’environnement, la santé publique, les politiques d’accueil ou l’aide au développement nous le montrent : partout dans le monde se déploie un projet inédit de casse de la démocratie. Sur la scène internationale, ces attaques s’accompagnent d’une tentation de fermeture des frontières, d’un mépris du droit international et d’une montée des régimes autoritaires. A l’inverse des exigences du moment, l’exécutif a semblé profiter de ce bouleversement pour poursuivre une trajectoire dogmatique : augmenter les impôts serait impossible, investir dans notre défense nécessiterait donc « des réformes, des choix, du courage » [Emmanuel Macron, 5 mars 2025, Adresse aux Français]. Le message est clair : il faudrait piocher dans la protection de l’enfance pour financer l’armement, réduire les retraites pour améliorer le renseignement, fragiliser l’hôpital au profit de l’industrie militaire. Les services publics et leurs agents sont de nouveau en ligne de mire. Discours irresponsable Nul ne conteste la nécessité de ne plus dépendre des Etats-Unis pour notre défense. Mais on ne saurait pour autant oublier les autres menaces pesant sur notre société. Le dérèglement climatique, qui frappait il y a quelques mois encore Mayotte, La Réunion et le Pas-de-Calais, après une année 2024 la plus chaude jamais enregistrée, ne s’est pas brutalement atténué. La crise sociale, avec 4,2 millions de nos concitoyen.ne.s mal logé.e.s, une ségrégation scolaire qui s’approfondit et un enfant de moins de trois ans sur cinq en situation de pauvreté, n’a pas été résolue. La crise démocratique s’aggrave et le recul des services publics accentue le sentiment d’abandon d’une partie de la population et la montée du rejet de l’autre. Plus que jamais, opposer nos priorités vitales est dangereux et mortifère. Nous le savons : ces dernières années, le principal outil de la casse de nos solidarités a été l’assèchement des financements publics. Entre 2018 et 2023, d’après la Cour des comptes ce sont 62 Md€ d’impôts sur les plus aisés et sur les entreprises qui ont été supprimés [Cour des comptes, Juillet 2024, La situation et les perspectives des finances publiques], fragilisant d’une part les finances publiques et, d’autre part, les services publics qu’ils soient de la justice, de l’énergie, de la culture ou du logement. Conséquences ? Une perte de confiance dans des services publics qui se dégradent, un accès aux droits toujours plus difficile, notamment pour les plus pauvres et des étranger.ère.s, et un déplacement inégalitaire et inefficace vers des alternatives privées : le financement, auparavant supporté collectivement par l’impôt et les cotisations sociales, repose désormais de plus en plus sur les individus, s’accompagnant souvent d’une dégradation de la qualité comme nous l’ont montré les récents scandales liés à la financiarisation des crèches ou des EHPAD. Réaffirmer le sens de l’impôt Il est urgent de s’opposer frontalement à ce discours irresponsable qui fustige les “dépenses” pour détruire les services publics et qui refuse la justice fiscale pour accroître la segmentation de notre société. Déjà en 1789, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen proclamait que “Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.” Face aux menaces sur nos services publics, nous entendons agir et mobiliser ensemble pour réaffirmer le sens de l’impôt et des cotisations sociales comme contribution commune. Ils constituent non seulement un outil de justice sociale, mais également une nécessité pour permettre de construire des services publics qui répondent aux besoins de la population : apprendre, être en bonne santé, avoir accès à une eau de qualité, à un logement décent, au sport et à la culture, protéger l’environnement, développer les énergies renouvelables et des transports en commun, vivre en sécurité, garantir une justice égalitaire, une recherche et des médias indépendants, assurer des services sociaux et de proximité pour toutes et tous, et bien d’autres encore. Bien que balayées par l’exécutif, un large éventail de propositions existent pour concilier, sans les opposer, les priorités sociale, environnementale et géopolitique : accroissement de la progressivité de l’impôt, lutte contre l’optimisation fiscale, baisse des exonérations et allégements de cotisations sociales, réorientation des financements publics vers les services publics et à but non lucratif, taxation du patrimoine des plus fortunés et des bénéfices des entreprises, sortie des dépenses environnementales des normes européennes de déficit, suppression des niches fiscales inutiles, etc. Aucune urgence ne justifie d’abîmer un peu plus des services publics déjà mis à mal. Nos services publics valent bien plus que leur seul coût financier : ils constituent un projet politique de liberté, d’égalité et de solidarité puissamment porteur de
ACCN | Discours d’Olivia Grandville à l’occasion des 40 ans des CCN

L’Association des centres chorégraphiques nationaux a fêté la semaine dernière, les 40 ans de la création des CCN. A cette occasion, Olivia Grandville a prononcé un discours particulièrement fort, que le Syndeac relaie auprès de tous ses membres et au-delà. La place et le rôle du secteur chorégraphique reste au coeur des préoccupations syndicales. Olivia Grandville à l’occasion des 40 ans des CCN | ©️ David Fritz Goeppinger Bonjour à toutes et à tous Il y a 10 ans au moment de la célébration des 30 ans des CCN, le programme était festif, foisonnant, exclusivement chorégraphique et je ne pense pas qu’il ait donné lieu à quelques tables rondes ni auto-évaluations que ce soit. Aujourd’hui l’atmosphère n’est pas qu’à la fête. En 10 ans les temps ont considérablement changé, pour le meilleur souvent, à travers les multiples questions qui agitent et refondent les valeurs de la société, mais pas que. L’heure est à l’inquiétude et le monde de la culture n’y échappe pas au vu des récentes coupes claires dont le secteur est victime dans déjà deux régions. Alors 40 ans, c’est l’âge des bilans, et l’occasion aussi de se souvenir du contexte qui a vu naître ces institutions en 1984 à la faveur d’un grand mouvement d’espoir pour l’art et la culture, un vent joyeux qui a soufflé pendant un peu plus de 10 ans au tournant des années 80, porté par une vision politique qui voulaient inviter, je cite : « tous les hommes et les femmes de culture à venir partager leur savoir, à s’associer plus que jamais à la vie de la communauté… », pensant que « La cité tout entière en serait changée, et peut-être même le sens profond de la politique ». À la suite de ce discours de François Mitterrand et de la nomination de Jack Lang, le budget de la culture a doublé, celui consacré à la danse a été multiplié par 4 et les 12 premiers Centres chorégraphiques nationaux ont été créés dans un paysage qui comptait alors environ 80 compagnies répertoriées, toutes esthétiques confondues. Elles sont aujourd’hui presque 600, et les CCN ne sont passés qu’au nombre de 19, dont 3 femmes directrices contre 2 à l’époque. Les Centres dramatiques nationaux, eux, sont aujourd’hui 38, leurs missions, je cite : « des lieux où peuvent se rencontrer et s’articuler toutes les dimensions du théâtre : la recherche, l’écriture, la création, la diffusion, la formation. » Celles des CCN est en premier lieu, je cite encore « de permettre la recherche et l’expérimentation et de participer au renouvellement des formes chorégraphiques. » Il s’agit surtout de ne pas l’oublier, mais nous attendons toujours la suite. Ce travail de renouvellement des formes chorégraphiques, nous l’avons fait. À la faveur de cet élan, la France est devenue un carrefour des cultures chorégraphiques internationales, une terre d’accueil, dont témoigne le foisonnement stylistique qui occupe les plateaux d’aujourd’hui, rendant obsolètes les anciennes nomenclatures : classique, contemporain, hip-hop…Il serait Il serait d’ailleurs temps de cesser d’avoir peur de nommer les choses et de montrer autant d’inventivité dans la manière de définir nos esthétiques que la musique qui voyage de l’ambiant techno au latin-metal en passant par le minimalisme punk ou le disco expérimental….Toutes les danses c’est bien, mais il est quand même bon de savoir de quoi l’on parle, sous peine de tout uniformiser. La danse est polymorphe en effet et elle est partout. La première image qui accueille le voyageur débarquant à l’aéroport d’Orly est une image de danseur, de même sur le fronton de la bourse de Paris. Car la danse est super « vendeuse » ! Les publicités des marques de luxe sur les murs du métro affichent des mises en scène chorégraphiques et on a pu voir le rôle majeur qu’elle a occupé dans la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques. En réalité depuis 40 ans que les actrices et les acteurs du monde chorégraphique œuvrent auprès des habitants ; en banlieue, en zone rurale, en ville ; des écoles primaires aux lycées, des universités aux hôpitaux, des comités d’entreprise aux associations, des prisons aux scènes de théâtre ; la danse s’est infiltrée partout, par le web, les réseaux, dans toutes les réalités sociales. Nous créons sans cesse du lien et des valeurs émancipatrices. Mais attention, nous ne sommes pas non plus des animateurs culturels ni des influenceuses de produits, il ne faudrait pas que la grande générosité de la danse se retourne contre elle et viennent étayer certains discours rances contre une culture jugée trop exigeante pour le soi-disant goût populaire, qui a surtout bon dos. Et d’ailleurs le mot culture est resté le grand absent des débats politiques, sauf à détourner la notion de droits culturels pour mieux en exclure certaines. Et plus rare encore que le mot culture, ce sont les termes de création, créatrices, chercheurs qui frappent aujourd’hui par leurs absences. Car avant de parler de culture encore faut-il qu’elle s’invente et se crée. Pour qu’il y ait patrimoine et matrimoine, encore faut-il hériter de quelque chose. C’est pour cela qu’il existe des chercheuses, des scientifiques, des inventeurs de tous poils. C’est pour cela qu’il existe la recherche fondamentale et non pas uniquement la recherche appliquée et c’est pour cela qu’il existe des artistes. Penser la culture avant de penser l’art, c’est-à-dire la création, c’est comme penser le pain avant le blé, ça n’a juste aucun sens ! S’il existe des musées et des conservatoires, il faut aussi qu’il y ait aussi des transformatoires, c’est-à-dire des espaces dont la fonction n’est pas seulement de perpétuer une mémoire mais d’inventer les formes et les artistes de demain, de créer la mémoire du futur. S’il existe des musées et des conservatoires, il faut aussi qu’il y ait aussi des transformatoires, c’est-à-dire des espaces dont la fonction n’est pas seulement de perpétuer une mémoire mais d’inventer les formes et les artistes de demain, de créer la mémoire du futur. Les CCN ont été ces transformatoires pour la danse, à tel point que
Discours de Nicolas Dubourg à l’Assemblée générale 2024 : cinq ans d’engagement

Nicolas Dubourg lors de l’assemblée générale 2024 à la MC93 / ©️ Syndeac – Terence Barbier Chers collègues, Je prends aujourd’hui la parole devant vous pour une dernière fois en qualité de président. Vous le savez, j’ai décidé de démissionner de la présidence après en avoir discuté avec les membres du bureau, pour présenter ma candidature à la direction d’un lieu, dont le financement public par l’État et les collectivités territoriales, fragiliserait ma fonction tout comme le syndicat. Représenter un collectif pour moi est inconciliable avec la défense d’une candidature qui est un projet personnel et je vais, je l’espère, clarifier dans mes propos l’endroit de cette impossibilité qui est à la fois politique, éthique et stratégique. Cette démission a été mûrement réfléchie. Elle me permet aujourd’hui après cinq années de mandat de passer le relais à ceux d’entre vous qui prendront de nouvelles responsabilités pour conduire notre syndicat. Pendant ces cinq années, je crois avoir consacré une grande partie de mon énergie à ce mandat.J’y ai mis mes convictions et j’ai eu la possibilité d’apprendre de toutes celles et ceux avec qui j’ai pu travailler. Je tiens donc en premier lieu à remercier tous les adhérents qui se sont investis à mes côtés, que ce soit au bureau bien sûr mais aussi dans les nombreuses commissions, groupes de travail ou délégations régionales. Je tiens aussi à remercier l’équipe du Syndeac dirigée par Vincent Moisselin et sans laquelle notre syndicat ne serait pas ce qu’il est devenu. Enfin je remercie nos partenaires, des autres syndicats employeurs ou employés, des associations engagées dans la défense du service public, des organismes qui accompagnent les professionnels. Certains d’entre vous m’ont fait l’honneur de leur présence aujourd’hui. Merci de donner un visage à ce collectif qui constitue le ciment de notre combat. Merci sincèrement à vous tous. Voilà donc cinq années écoulées. J’avais commencé, pour préparer ce discours à procéder à des dénombrements.Les chiffres ça rassure, ça situe le un dans la chaîne infinie des signifiants…Et la première chose qui me vient quand je procède ainsi c’est le nombre de « crises » que nous avons traversées. Le covid, les coupes budgétaires, l’inflation, les changements incessants de gouvernements, la dissolution de l’Assemblée nationale et la résistible ascension de Marine le Pen. Leur rythme, leur persistance, nous montre je crois, que le mot même de crise nous empêche d’agir. La conviction que je défends depuis le début de ce mandat, c’est que la « crise » dont le visage change tous les trois mois, n’est rien autre qu’un état. Le retour à la « normale » que l’emploi du mot nous laisse espérer nous fait mettre en œuvre des moyens qui ne sont plus adaptés à la situation et fait de la perspective révolutionnaire qui jusque là seule permettait de concevoir un changement d’état, un idéal périmé ou exotique qui ne peut plus advenir qu’à Tunis, Kiev ou Colombo. A bien y regarder, le mot crise qui apparaît dans le courant des années 70 et se propage jusqu’à nos jours, nous donne l’illusion que nous vivons toujours dans la démocratie républicaine dont le pacte fut scellé à la sortie de la guerre entre les communistes et les gaullistes qui ensemble, avaient mené le combat contre les nazis. Cette situation française sur laquelle se fonde la synthèse humaniste malrucienne a créé nos fétiches, nos totems. Mais il faut reconnaître aujourd’hui qu’elle a été abandonnée par le plus grand nombre de nos concitoyens et que notre secteur qui se considère parfois comme une société isolée de la forêt amazonienne a bien du mal à continuer à partager sa cosmologie avec le reste des humains. Cette conviction s’étaye sur le tournant pris dans les années 2000 en France, un peu plus tôt en Angleterre et quasiment au même moment en Allemagne. C’est le moment où l’orthodoxie de l’école de Chicago, qui avait ravagé l’Amérique à la fin des années 70, porte les derniers coups de boutoirs sur notre fantasme de consensus historique. A l’utopie républicaine du XIXème, fondée entre autres dans les écrits d’un Gambetta, d’un Fourrier, d’un Ferry et sur laquelle repose une organisation concrète de l’État défenseur de la liberté et de l’égalité, nous voyons succéder un retour des thèses naturalistes de la pensée anglo-saxonne qui fondent la pensée libérale ripolinée en pensée néo-libérale. Ainsi, ce qui était une crise, et devait par notre action syndicale, être combattue afin de regagner le socle commun de la pensée républicaine, est devenu un état, une manifestation visible, un symptôme. Ce changement radical de perspective doit nous placer du bon côté de l’action. Quand les gilets jaunes, quand les agriculteurs ou quand les citoyens se mobilisent pour empêcher Marine le Pen de gagner les élections, c’est là qu’est la crise. Une crise, qui quand elle est passée, permet à l’état naturel de suivre son cours et de retrouver sa « fluidité». Dans cette perspective, les coupes budgétaires de l’État, les déclarations de Laurent Wauquiez ou de Christelle Morençais, les gesticulations de ceux qui partout défendent des politiques identitaires, doivent être analysées dans le contexte où elles se produisent aujourd’hui et non sous l’angle rassurant qui les cantonnaient encore aux marges hier. Nous devons avoir la clairvoyance de les regarder non comme des scories, mais bien comme la sève qui circule dans la société libérale et organise l’échange culturel et économique à partir d’individus atomisés dont les derniers liens qui résistent sont traités comme le sont les embolies. Dès le début de la pandémie nous avons fait le choix de ce changement de perspective en dégageant la scène de ses figurants, pour d’une part affiner la lecture de ce nouveau moment historique, mais également pour consolider les bases de ce qui seul, peut constituer une réelle alternative, bien que nous devions désormais le formuler depuis les marges auxquelles nous sommes poussés. Ce moment historique affirme l’individualisme, c’est-à-dire prive le sujet de son potentiel de devenir. Il postule la fin de l’universalisme au motif que la notion, il est vrai,