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Avignon : les artistes interpellent le Président de la République sur l’avenir du service public de la culture

Hier, dans la Cour d’honneur du Palais des papes, de nombreux·ses artistes se sont relayé·es pour lire, un paragraphe à la fois, un texte adressé à Emmanuel Macron. Face à des coupes budgétaires « d’une brutalité inédite », une seule voix pour exiger l’annulation des nouvelles coupes et l’ouverture d’un débat national sur l’avenir du service public de l’art et de la culture.

Une seule voix, portée par toutes les disciplines

Théâtre, danse, cirque, musique, marionnette, performance : chacun·e a lu à tour de rôle un paragraphe d’un même texte, construit comme une adresse continue au chef de l’État. Le dispositif, pensé pour rassembler la diversité des esthétiques et des générations autour d’une parole commune, a duré 4 minutes 30.

Un constat chiffré et sans appel

Le texte rappelle qu’aujourd’hui la culture ne représente plus que 0,7% du budget de l’État, soit 14 euros par habitant et par an. Il dénonce des spectacles déprogrammés, des saisons amputées à la dernière minute, des équipes précarisées et des lieux contraints de renoncer à leur mission. Les artistes y affirment qu’un budget ne saurait tenir lieu de projet politique, et qu’une politique culturelle digne de ce nom commence par définir ce qu’elle veut rendre possible.

Trois demandes, un an avant la fin du mandat

À un an du terme de ses deux mandats, le Président de la République est appelé à annuler immédiatement les nouvelles coupes budgétaires, à ouvrir un véritable débat national sur l’avenir du service public de l’art et de la culture, et à s’engager à porter progressivement ce budget à au moins 1% des dépenses de l’État. Le texte rappelle en creux le précédent de l’année blanche, obtenue pendant la crise sanitaire, comme preuve qu’une décision politique de cette ampleur reste possible.

TEXTE INTÉGRAL DE LA PRISE DE PAROLE COLLECTIVE

Monsieur le Président, nous, artistes réunis à Avignon, vous interpellons aujourd’hui pour le théâtre, la danse, le cirque, la musique, la marionnette, la performance, qui subissent depuis plusieurs mois des attaques d’une brutalité inédite.

Monsieur le Président, à l’heure où nous sommes confrontés à une puissante offensive réactionnaire, à la fragmentation du débat public et à une défiance envers les institutions, nous affirmons qu’affaiblir le service public de l’art et de la culture serait une erreur historique. Les coupes budgétaires à répétition et celles qu’on nous annonce nous obligent à crier tant il y a urgence.

Monsieur le Président, une politique culturelle ne peut être réduite à des arbitrages comptables. Un budget est un moyen. Il ne saurait tenir lieu de projets politiques.

Nous croyons fermement qu’une politique publique digne de ce nom commence par définir ce qu’elle veut rendre possible. Monsieur le Président, aujourd’hui, la culture ne représente plus que 0,7% du budget de l’État, soit 14 euros par habitant et par an d’art et de culture. Comment accepter que des économies aussi dérisoires puissent, en quelques mois, défaire ce que des décennies de politiques culturelles ont patiemment construit, et détruire avec elles, avec une telle violence, les espaces symboliques permettant à une société de se penser elle-même, à travers l’imaginaire, la poésie et la fiction ?

Monsieur le Président, des spectacles déprogrammés, des saisons amputées à la dernière minute, des équipes artistiques, techniques et administratives précarisées et épuisées, des lieux contraints de renoncer à leur mission.

Est-ce ce paysage de ruines que vous voulez laisser derrière vous ? Monsieur le Président, vous arrivez dans un an au terme de vos deux mandats à la plus haute fonction de l’État. Au moment de la crise sanitaire, vous avez su, avec l’année blanche, empêcher le naufrage du monde de la culture. Il vous appartient aujourd’hui d’aller au bout de ce geste.

Monsieur le Président, vous le savez, le service public de l’art et de la culture n’est pas davantage un privilège accordé aux artistes que l’hôpital ne l’est aux soignants ou l’école à celles et ceux qui y enseignent. Il est un bien commun qui protège nos vies d’une réduction à leur seule valeur économique, nourrit l’esprit critique et fait vivre le dissensus, condition même de toute démocratie.

Monsieur le Président, vous avez souvent rappelé que l’empreinte laissée par les grandes femmes et les grands hommes politiques se mesure aussi à l’héritage culturel qu’ils laissent derrière eux.

L’heure est venue de choisir de quel côté de l’histoire vous voulez vous tenir. Ne soyez pas celui qui aura tout détruit. Monsieur le Président, l’urgence de la situation nous conduit à vous demander de prendre au plus tôt les décisions qui s’imposent.

  • Annuler immédiatement ces nouvelles coupes budgétaires.
  • Ouvrir un véritable débat national sur l’avenir du service public de l’art et de la culture.
  • Vous engager à porter progressivement à au moins 1% du budget de l’État les moyens qui lui sont consacrés afin de permettre aux équipes artistiques de retrouver les conditions de leur indépendance de création, d’accompagner durablement les artistes et les œuvres, et à chacune et chacun de bénéficier d’un égal accès à l’art et la culture sur l’ensemble du territoire.


Monsieur le Président, ce qui est en jeu n’est pas seulement l’avenir d’une profession, mais celui d’une certaine idée de la République. Vous en avez le pouvoir, il ne tient qu’à vous.

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