Le 30 mai, à l’Olympia, Philippe Luciat Labry, délégué régional du Syndeac Île-de-France et administrateur général de Nanterre Amandiers, prenait la parole au nom du Syndeac lors du rassemblement organisé à l’appel de la CGT Spectacles. Face aux attaques répétées contre la liberté de création et la culture publique, il portait ce message : ce qui se joue aujourd’hui dépasse largement une crise budgétaire.
Le Syndeac est la première organisation professionnelle d’employeurs du spectacle vivant public. Il rassemble, représente et défend des lieux de création et de diffusion, des lieux labellisées, des compagnies, implantées partout sur le territoire, dans les grandes villes comme dans les zones rurales, au plus près des habitantes et des habitants.Et c’est précisément parce que nous représentons cette diversité du service public de l’art et de la culture qu’il nous a semblé évident de soutenir et participer à l’appel lancé par la CGT Spectacles aujourd’hui.
Car nous sommes réunis aujourd’hui parce qu’un seuil a été franchi.
Partout sur le territoire, les équipes artistiques, les lieux, les compagnies, les structures du spectacle vivant font face à des baisses de subventions parfois brutales, souvent imprévisibles, toujours déstabilisantes. Le spectacle vivant public entre dans une zone d’incertitude profonde.
Mais nous le savons : ce moment ne se résume pas à une crise budgétaire. Ce qui est en jeu aujourd’hui, c’est aussi une bataille culturelle.
Nous subissons de plein fouet les effets d’un basculement idéologique qui dépasse largement notre secteur : concentration des médias entre quelques mains, banalisation des discours d’extrême droite, attaques répétées contre les services publics, mise en cause de la liberté de création, multiplication des censures visant des artistes, des œuvres, des programmations.
Les faisceaux convergent.
Les menaces contre l’audiovisuel public.
Les pressions exercées sur des maisons d’édition.
Les attaques contre des artistes dans plusieurs régions.
Les tentatives de mise au pas des espaces de pensée, de débat, de transmission.
Et désormais, les réactions violentes contre celles et ceux qui osent simplement exprimer une inquiétude face à l’emprise croissante de groupes industriels et financiers sur la culture et l’information.
Nous affirmons ici notre solidarité avec toutes les professionnelles et tous les professionnels du cinéma, du spectacle vivant, de l’audiovisuel et de la culture qui refusent les intimidations, les logiques de boycott et les tentatives de faire taire les voix discordantes.
Ce qui arrive ailleurs peut arriver ici. Et ce qui semblait hier impensable devient aujourd’hui possible.
Alors oui, il faut faire nombre.
Faire nombre pour défendre la liberté d’expression.
Faire nombre pour défendre la liberté de création, et de programmation.
Faire nombre pour défendre l’existence d’un service public de l’art et de la culture.
Faire nombre pour défendre une idée de la démocratie.
Et garantir l’application et le respect de l’ensemble des cadres législatifs et réglementaires qui assurent ces libertés.
La culture est un lieu où circulent des récits non dominants.
Un lieu où l’on peut encore penser la complexité du monde.
Un lieu où des personnes que tout oppose parfois peuvent se retrouver dans un même espace.
Un lieu où l’on questionne, où l’on doute, où l’on imagine, où l’on résiste.
Dans un monde saturé par les logiques algorithmiques, les simplifications permanentes et les stratégies d’influence des puissances médiatiques et financières, le spectacle vivant demeure un espace irremplaçable d’émancipation collective.
Et nous devons être lucides : l’affaiblissement budgétaire du secteur culturel n’est pas neutre. Il participe de cette bataille idéologique. Quand on fragilise les lieux, quand on précarise les équipes, quand on assèche les moyens de la création, on affaiblit aussi la capacité collective à produire des imaginaires, du débat, de la pensée critique.
Nous devons reconstruire des convergences entre les services publics de la culture, entre les professions, entre les générations, entre les territoires.
Nous devons convaincre les responsables politiques, les élus, les journalistes, l’ensemble de la société que défendre le spectacle vivant, ce n’est pas défendre un privilège corporatiste mais une nécessité démocratique.