Lettre ouverte à Rima Abdul Malak, ministre de la Culture

Pour une véritable parité femmes/hommes

dans le secteur public de la Culture

 

Paris, le 20 mai 2022

 

 

Madame la Ministre,

 

Le Syndeac souhaite tout d’abord vous adresser ses plus vives félicitations à l’occasion de votre  nomination au ministère de la Culture. Nous espérons pouvoir compter sur votre soutien dans la mise en place et la promotion d’un service public de l’art et de la culture que le Syndeac appelle de ses vœux depuis plusieurs années.

 

Aux lendemains d’un quinquennat qui a fait de l’égalité entre les femmes et les hommes une grande cause nationale et à l’aube d’un nouveau quinquennat réitérant cette promesse, le Syndeac souhaite engager, avec vous et dès maintenant, les travaux nécessaires afin d’atteindre notre objectif – commun nous l’espérons – de parité parfaite dans le champ culturel.

 

Il reste, en effet, beaucoup à faire. Si plusieurs dispositifs et instances ont vu le jour au sein du ministère et des Drac comme au sein de plusieurs institutions nationales, la réalité “comptable” éclaire un bilan pour le moins médiocre en matière de “parité culturelle”.

 

Ainsi, à l’appui des éléments fournis par l’Association des centres dramatiques nationaux (A-CDN), l’Association des centres chorégraphiques nationaux (A-CCN) et l’Association des scènes nationales (SN), le Syndeac constate que :

  • sur les 76 scènes nationales, 26 sont dirigées par des femmes contre 47 par des hommes (soit respectivement 35% et 64% – 3 lieux en vacance de direction)
  • sur les 38 centres dramatiques nationaux : 15 sont dirigés par des femmes contre 20 par des hommes – et 3 binômes paritaires (soit respectivement 39%, 53% et 8%).
  • sur les 19 centres chorégraphiques nationaux : 3 sont dirigés par des femmes contre 13 par des hommes (soit respectivement 16% et 68%) – les 3 autres étant dirigés par des collectifs et un binôme paritaire.
  • plus aucun théâtre national n’est dirigé par une femme.

 

Si ces chiffres en disent déjà beaucoup sur le manque de parité à la tête des structures culturelles publiques, ils ne disent toutefois pas tout. En effet, le Syndeac défend l’idée que la parité culturelle doit s’entendre aussi bien en nombre de nominations de directions qu’en budgets alloués auxdites structures. 

 

Peut-on réellement parler de parité quand les 8 centres dramatiques nationaux les plus dotés présentent des directions exclusivement masculines (Villeurbanne, Rennes, Nanterre, Angers, Toulouse, Saint-Etienne, Marseille, Lille) tandis que les 4 centres dramatiques nationaux les moins dotés présentent des directions exclusivement féminines (Poitiers, Orléans, Vire, Montluçon) ?

 

Oui, 43% des centres dramatiques nationaux sont aujourd’hui dirigés par des femmes. Pourtant, les directrices de CDN ne gèrent que 41 000 000€ de subventions quand leurs homologues masculins en gèrent 79 000 000€ soit, à peu de choses près, le double.

 

Peut-on réellement parler de parité quand les 12 centres chorégraphiques nationaux les plus subventionnés sont dirigés par des hommes alors que les femmes, qui dirigent 16% des centres chorégraphiques nationaux, ne gèrent que 8,7% des subventions accordées ?

 

Oui, les mentalités paraissent évoluer. Pourtant, les directeurs de CCN, qui ne sont “que” 4 fois plus nombreux que leurs homologues féminines, gèrent au total 30 500 000€ de subventions soit un budget 9 fois supérieur à celui des directrices de CCN : nous sommes là bien au-delà d’un rapport du simple au double.

 

Peut-on réellement parler de parité quand les 3 scènes nationales les plus dotées sont dirigées par des hommes, que les 3 scènes nationales les moins dotées sont dirigées par des femmes et que les directrices gèrent en moyenne un budget inférieur de 20% à celui des directeurs ?

 

Les équipes artistiques (compagnies, ensembles…) subventionnées ne sont malheureusement pas mieux loties : seuls 19% des crédits alloués à ces équipes par la DGCA sont fléchés vers des équipes portées par des femmes. L’accès aux moyens de production, garant de la liberté de création, est donc, lui aussi, loin d’être paritaire. En dépit des apparences, les écarts de visibilité et d’opportunité sont toujours présents et préservés. 

 

Qu’est-ce que diriger sans les moyens financiers et humains nécessaires ? Qu’est-ce qu’être plus nombreuses sans avoir plus de voix ? Ce constat ne saurait augurer de perspectives positives pour le quinquennat à venir sans une bifurcation réellement égalitaire et transdisciplinaire des politiques de nominations et de dotations du ministère. 

 

Diriger ne suffit pas : la vraie parité culturelle s’exerce à armes égales.

 

Convaincu de pouvoir compter sur votre attention sur ce sujet, veuillez agréer, madame la Ministre, nos chaleureuses salutations.

 

Pour le bureau du Syndeac

Nicolas Dubourg, Président

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