Compte rendu | Conférence Pearle*

Les membres de Pearle* se sont rĂ©unis en novembre dernier Ă  Linz pour leur 70ème confĂ©rence. La confĂ©rence a Ă©tĂ© l’occasion de rĂ©flĂ©chir Ă  l’avenir des arts du spectacle et de la politique culturelle dans un contexte politique et social en rapide Ă©volution Ă  travers l’Europe. Pearle* est la principale organisation chargĂ©e des questions rĂ©glementaires europĂ©ennes et internationales qui ont un impact sur les activitĂ©s quotidiennes des organisations de spectacles vivants. Cette confĂ©rence intervient Ă  un moment charnière pour la politique culturelle au niveau de l’UE. Le 12 novembre, la Commission europĂ©enne a publiĂ© sa nouvelle « Boussole culturelle pour l’Europe », qui dĂ©finit une vision stratĂ©gique Ă  long terme pour orienter la politique culturelle de l’UE jusqu’au cadre financier pluriannuel (CFP) 2028-2034 et au-delĂ . Un panel dĂ©diĂ© Ă  la politique culturelle aux niveaux local, national et europĂ©en a rĂ©uni des reprĂ©sentants de diffĂ©rents niveaux de gouvernance. Le dĂ©putĂ© europĂ©en Hannes Heide, ainsi que des intervenants issus du milieu de la politique culturelle nationale et rĂ©gionale ont convenu que les objectifs culturels sont largement partagĂ©s aux diffĂ©rents niveaux politiques, mais que les prioritĂ©s et la mise en Ĺ“uvre peuvent varier. En outre, lors de la confĂ©rence, des discussions plus larges sur l’innovation, la technologie et le dĂ©veloppement des compĂ©tences dans les arts du spectacle ont eu lieu, en rĂ©flĂ©chissant Ă  la manière dont les organisations peuvent s’adapter Ă  la transformation numĂ©rique, Ă  l’Ă©volution du public et aux besoins changeants en matière de compĂ©tences. Les membres ont Ă©galement discutĂ© des questions politiques internationales et europĂ©ennes actuelles qui ont un impact sur le fonctionnement quotidien des organisations de spectacles vivants, notamment la libertĂ© d’expression artistique,comme valeurs de l’union europĂ©enne. Depuis 2024, plusieurs Ă©vĂ©nements survenus en Europe ont rĂ©vĂ©lĂ© une tendance inquiĂ©tante liĂ©e au renforcement des restrictions imposĂ©es Ă  ces valeurs essentielles. Face Ă  cette situation, Pearle* a entrepris de documenter, de dĂ©noncer et de lutter contre ces atteintes et s’est engagĂ©e dans diverses actions pour dĂ©fendre la libertĂ© artistique : En coopĂ©ration avec la Convention europĂ©enne du théâtre (ETC), Opera Europa et Culture Action Europe (CAE), Pearle* a lancĂ© un appel commun pour la libertĂ© et l’autonomie artistiques, avec des membres du Parlement europĂ©en Ă  Bruxelles. Pearle* soutient Ă©galement l’appel « Resistance Now » pour la libertĂ© artistique et se joint  Ă  12 autres organisations reprĂ©sentant des institutions culturelles et des dĂ©fenseurs des droits de l’homme dans un appel commun adressĂ© Ă  l’Agence des droits fondamentaux de l’Union europĂ©enne (FRA) et aux institutions nationales des droits de l’homme Ă  travers l’Europe.

DĂ©bat sur le 20e anniversaire de la Convention de l’UNESCO

Le Syndeac a participĂ© Ă  la confĂ©rence organisĂ©e le 19 novembre dernier par les coalitions europĂ©ennes pour la diversitĂ© culturelle, en partenariat avec la dĂ©putĂ©e europĂ©enne Emma Rafowicz, qui ont cĂ©lĂ©brĂ© le 20e anniversaire de la Convention de l’UNESCO de 2005 sur la protection et la promotion de la diversitĂ© des expressions culturelles au Parlement europĂ©en. La confĂ©rence a rassemblĂ© une centaine de participants issus de tous les secteurs culturels et de tous les États membres en prĂ©sence notamment de de Glenn Micallef, commissaire Ă  l’Ă©galitĂ© intergĂ©nĂ©rationnelle, Ă  la jeunesse, Ă  la culture et au sport, et de Lodovico Folin Calabi, directeur et reprĂ©sentant de l’UNESCO auprès de l’UE. Vingt ans après son adoption, la Convention de l’UNESCO garantit que les Ĺ“uvres culturelles soient traitĂ©es comme des expressions de l’imagination et de l’humanitĂ©. Si l’Union europĂ©enne a traduit ces principes dans des lĂ©gislations clĂ©s (sur le droit d’auteur, les services audiovisuels, les marchĂ©s numĂ©riques et, plus rĂ©cemment, l’intelligence artificielle), de nouvelles menaces apparaissent (comme l’intelligence artificielle gĂ©nĂ©rative, les plateformes opaques, la concentration des donnĂ©es et la pression internationale) qui remet en cause la rĂ©glementation culturelle europĂ©enne. Le commissaire Glenn Micallefi a annoncĂ© le lancement de la « Boussole culturelle pour l’Europe », conçue pour intĂ©grer les prioritĂ©s culturelles dans toutes les politiques de l’Union europĂ©enne. Rappelant que l’Europe compte 24 langues officielles, 8 millions d’emplois culturels et 800 milliards d’euros gĂ©nĂ©rĂ©s chaque annĂ©e par les actions culturelles, il a soulignĂ© que la diversitĂ© culturelle et la protection des libertĂ©s fondamentales sont de grands atouts stratĂ©giques de l’Europe et doivent rester des prioritĂ©s politiques centraux. Lors du premier panel, consacrĂ© Ă  l’impact des plateformes sur la diversitĂ© culturelle, la dĂ©putĂ©e europĂ©enne Emma Rafowicz a averti que la concentration croissante des donnĂ©es et la domination algorithmique pourraient conduire Ă  une standardisation des contenus et Ă  une situation oĂą seule très peu d’entreprises contrĂ´leraient l’ensemble des chaĂ®nes de valeurs culturelles. Le prĂ©sident de l’EFAD (European Film Agency Directors), Chris Marcich a soulignĂ© que les gĂ©ants mondiaux du streaming portent de plus en plus atteinte Ă  la diversitĂ© culturelle en Europe, et que la rĂ©glementation existante n’est plus suffisante. ReprĂ©sentant la FĂ©dĂ©ration des Ă©diteurs europĂ©ens (FEP), Phaedon Kidoniatis a mis en Ă©vidence la transformation profonde de la production, de la distribution et de la consommation des livres, la domination des contenus en langue anglaise et la montĂ©e en puissance de sources peu fiables gĂ©nĂ©rĂ©es par l’intelligence artificielle. Phaedon Kidoniatis a mis en Ă©vidence la nĂ©cessitĂ© d’investir dans les mĂ©tadonnĂ©es, la normalisation et la recherche pour amĂ©liorer la dĂ©couverte des livres et soutenir la diversitĂ© linguistique et culturelle. Pour les maisons de disques indĂ©pendantes, Helen Smith, de l’IMPALA (Independent Music Companies Associations), a affirmĂ© que la montĂ©e en puissance des phĂ©nomènes de concentration doit faire l’objet d’une vigilance accrue afin d’empĂŞcher toute nouvelle atteinte Ă  la diversitĂ© culturelle. Les plateformes numĂ©riques ont profondĂ©ment modifiĂ© la manière dont les artistes sont dĂ©couverts. Elles crĂ©ent Ă  la fois des opportunitĂ©s d’échanges internationaux et une rĂ©duction de visibilitĂ© en raison de la concentration du marchĂ© et de la domination algorithmique. Les nouveaux systèmes de rĂ©munĂ©ration affectent particulièrement les artistes issus de petits pays, de petites langues ou de genres de niche. Les actions de la Commission europĂ©enne (DSA, DMA, enquĂŞtes sur les concentrations) pour protĂ©ger la diversitĂ© et prĂ©venir les abus de pouvoir sur le marchĂ© sont essentielles. La diversitĂ© musicale — langues, genres, styles — est non seulement un patrimoine culturel Ă  protĂ©ger, mais aussi un avantage compĂ©titif pour l’Europe. Elle est mĂŞme nĂ©cessaire au dĂ©veloppement de modèles d’intelligence artificielle efficaces. Encourager la diversitĂ© et intĂ©grer la culture dans toutes les politiques europĂ©ennes est donc vu comme un pilier pour l’avenir du secteur. Lors du deuxième panel qui a portĂ© sur l’impact croissant de l’Intelligence artificielle sur l’Ă©cosystème culturel, le dĂ©putĂ© europĂ©en Hannes Heide a rappelĂ© que la culture est fondamentalement le fruit du travail humain et a averti que les systèmes d’IA entraĂ®nĂ©s sur le travail des crĂ©ateurs sans rĂ©munĂ©ration adĂ©quate menacent l’intĂ©gritĂ© artistique et les droits des crĂ©ateurs. Il est ainsi urgent d’appliquer et renforcer les lĂ©gislations europĂ©ennes existantes afin d’éviter que ce patrimoine ne soit « volĂ© » et de s’adapter aux Ă©volutions rapides du numĂ©rique. Par ailleurs, le PDG de la GEMA, Tobias HolzmĂĽller, s’est fĂ©licitĂ© de la rĂ©cente dĂ©cision de Munich contre OpenAI et a appelĂ© Ă  la mise en place d’un cadre europĂ©en Ă©quitable et applicable en matière de licences. Alors que près de la moitiĂ© des jeunes membres de la GEMA utilisent dĂ©jĂ  l’intelligence artificielle dans leur processus crĂ©atif, il a averti que ces outils doivent ĂŞtre dĂ©ployĂ©s en Europe avec responsabilitĂ© et une rĂ©munĂ©ration Ă©quitable pour les Ĺ“uvres sur lesquelles ils s’appuient. L’experte de l’UNESCO, le professeur Alexandra Bensamoun, a renforcĂ© ce message, soulignant que des contenus culturels de haute qualitĂ© sont essentiels Ă  la performance de l’intelligence artificielle et doivent ĂŞtre rĂ©munĂ©rĂ©s Ă©quitablement. Elle a soulignĂ© que la rĂ©glementation est une nĂ©cessitĂ© dĂ©mocratique, garantissant que la technologie se dĂ©veloppe en accord avec les valeurs sociĂ©tales. Alors que les modèles ont utilisĂ© des bases pirates comprenant des Ĺ“uvres protĂ©gĂ©es, contrefaçons et contenus illĂ©gaux, sans autorisation ni rĂ©munĂ©ration, l’intelligence artificielle dĂ©pend crucialement de contenus humains de qualitĂ© pour fonctionner correctement. Les crĂ©ateurs sont donc les seuls contributeurs essentiels Ă  n’être ni informĂ©s ni rĂ©munĂ©rĂ©s. Le Code de bonnes pratiques europĂ©en manque de transparence et ne garantit pas l’effectivitĂ© des droits. Il faut donc instaurer des mĂ©canismes incitatifs afin d’assurer une rĂ©munĂ©ration Ă©quitable aux titulaires de droits et de restaurer leur droit au recours. En conclusion, le reprĂ©sentant de l’UNESCO auprès de l’UE, Lodovico Folin Calabi, a rappelĂ© que la Convention doit ĂŞtre aussi pertinente aujourd’hui qu’il y a vingt ans. La protection de la diversitĂ© des expressions culturelles est Ă  la fois un impĂ©ratif culturel et dĂ©mocratique et doit ĂŞtre soutenue par une action multilatĂ©rale soutenue, une rĂ©munĂ©ration Ă©quitable des crĂ©ateurs et une collaboration Ă©troite entre les gouvernements et la sociĂ©tĂ© civile. La diversitĂ© culturelle est constamment menacĂ©e, notamment

La solidaritĂ© culturelle internationale pour lutter contre les risques identitaires et l’autoritarisme

Le Syndeac, dont la mission porte sur les enjeux du spectacle vivant et de la branche des entreprises artistiques et culturelles, n’a pas vocation Ă  commenter la vie politique nationale et internationale. NĂ©anmoins, alors que l’Ukraine entame sa quatrième annĂ©e de rĂ©sistance Ă  l’invasion russe, il nous semble nĂ©cessaire de rappeler quelles sont les positions dĂ©jĂ  exprimĂ©es par notre syndicat et plus largement les valeurs de solidaritĂ© et d’hospitalitĂ©, portĂ©es par nos adhĂ©rents et adhĂ©rentes, qui valent pour l’ensemble de nos pairs dont la libertĂ© et l’existence sont menacĂ©es. Le Syndeac rĂ©itère ainsi sa solidaritĂ© avec la population ukrainienne et en particulier avec nos collègues artistes et professionnels de la culture. Cette solidaritĂ© vaut aussi pour nos collègues russes, opposants au rĂ©gime de Vladimir Poutine, qui n’ont d’autre alternative que l’exil et la dissidence pour exercer leur libertĂ© de pensĂ©e et d’expression. Notre organisation syndicale plaidera toujours en faveur d’une politique d’hospitalitĂ© et d’accueil pour les personnes qui, oĂą qu’elles se trouvent dans le monde, voient leurs vies menacĂ©es et subissent l’oppression de rĂ©gimes politiques qui veulent imposer une hĂ©gĂ©monie idĂ©ologique, Ă©conomique et culturelle. Dans cette pĂ©riode particulièrement grave, oĂą se tissent de nouvelles alliances gĂ©opolitiques, qui font passer des intĂ©rĂŞts Ă©conomiques avant le droit international et les valeurs humanistes, nous devons, plus que jamais, faire preuve de solidaritĂ©. Nous le devons aussi pour nous-mĂŞmes, car ce que vivent nos voisins, n’est Ă©videmment pas Ă©tranger Ă  ce que nous vivons plus largement en Europe et en France. La propagation des discours belliqueux, identitaires et autoritaristes sur notre territoire procède exactement avec les mĂŞmes intentions et participe au mĂŞme mouvement. En nous mettant “Debout pour la culture” et pour les services publics en France, nous nous tenons debout pour affronter la bataille idĂ©ologique menĂ©e internationalement par des partis rĂ©actionnaires qui menacent avec autoritarisme nos libertĂ©s fondamentales, la dĂ©mocratie et la paix.

Retour sur la 67ème conférence de Pearle*

La 67e ConfĂ©rence Pearle* s’est tenue Ă  Budapest les 23 et 24 mai 2024, rĂ©unissant des membres de toute l’Europe, dont le Syndeac pour aborder les enjeux cruciaux du secteur des arts du spectacle. Cet Ă©vĂ©nement, accueilli par l’Association des orchestres hongrois en partenariat avec le Conseil hongrois de la musique, a mis en lumière des thèmes variĂ©s et contemporains. PrĂ©sentation de Pearle* Pearle* est une fĂ©dĂ©ration europĂ©enne regroupant un vaste rĂ©seau de théâtres, compagnies de production, orchestres, ensembles musicaux, maisons d’opĂ©ra, compagnies de ballet et de danse, festivals, salles de concert, lieux et fournisseurs techniques, ainsi que des entreprises individuelles dans le secteur des arts du spectacle et de la musique. En tant qu’organisation Ă  but non lucratif, Pearle* s’efforce de crĂ©er un environnement stable pour le spectacle vivant, soutenant la durabilitĂ© et la promotion de cette forme d’art Ă  travers toute l’Europe. Le Syndeac fait partie de Pearle* en tant que membre de la FEPS. © Hegedűs Bence | 4K Media Studio Cet Ă©vĂ©nement, accueilli par l’Association des orchestres hongrois en partenariat avec le Conseil hongrois de la musique, a mis en lumière des thèmes variĂ©s et contemporains. Martin Kern, directeur de l’Institut europĂ©en d’innovation et de technologie (EIT), a inaugurĂ© la confĂ©rence en soulignant l’importance de l’innovation dans le secteur culturel. Un accent particulier a Ă©tĂ© mis sur le potentiel de l’intelligence artificielle (IA), avec une prĂ©sentation de Kristof Michiels de l’AP University College Ă  Anvers sur les applications innovantes de ChatGPT pour les organisations des arts du spectacle. La confĂ©rence a explorĂ© plusieurs thèmes essentiels pour le secteur : DurabilitĂ© dans les festivals ruraux : approches pour rendre les festivals plus Ă©cologiques et durables. Politiques de l’UE sur le patrimoine : analyse des directives europĂ©ennes et de leur impact sur la prĂ©servation du patrimoine culturel. Protection sociale des artistes : mesures nĂ©cessaires pour assurer des conditions de travail Ă©quitables et sĂ©curisĂ©es pour les artistes. CompĂ©tences dans la transformation verte et numĂ©rique : Ă©valuation des compĂ©tences requises pour accompagner la transition Ă©cologique et numĂ©rique. Renforcement des capacitĂ©s et billetterie : stratĂ©gies pour amĂ©liorer la gestion et la vente de billets, ainsi que le dĂ©veloppement des compĂ©tences des professionnels du secteur.   Retours sur le secteur culturel Hongrois Treize ans après la dernière confĂ©rence Ă  Budapest, cet Ă©vĂ©nement a offert une opportunitĂ© unique d’examiner les Ă©volutions du secteur culturel dans la rĂ©gion au cours des trente dernières annĂ©es. Les participants ont bĂ©nĂ©ficiĂ© de perspectives enrichissantes sur le paysage culturel hongrois, marquĂ© par de nombreux changements et dĂ©veloppements. Influence sur le travail politique de Pearle*   Les dĂ©bats et les collaborations encouragĂ©s lors de cette confĂ©rence devraient positivement influencer le travail politique de Pearle*. ReprĂ©sentant plus de 10 000 entitĂ©s du spectacle vivant Ă  travers l’Europe, Pearle* joue un rĂ´le crucial dans la promotion de l’innovation et de la durabilitĂ© dans le secteur Engagement pour l’avenir   La confĂ©rence s’est conclue par un engagement renouvelĂ© des membres Ă  relever les dĂ©fis futurs du secteur culturel, notamment en vue des prochaines Ă©lections europĂ©ennes le 9 juin 2024. L’importance de la reprĂ©sentation et du soutien politique pour les arts du spectacle a Ă©tĂ© particulièrement soulignĂ©e. © Hegedűs Bence | 4K Media Studio

Relance du secteur culturel

Les conclusions du Conseil européen sur la relance, la résilience et la durabilité des secteurs culturels et créatifs ont été adoptées.