« Ce que peut la danse » : les cartes-fiches présentées à la belle scène saint denis à Avignon
Le 9 juillet, à Avignon, le groupe Danse du Syndeac a présenté « Ce que peut la danse » : un set de sept cartes-fiches imprimées, conçu pour préparer un rendez-vous avec un·e élu·e local·e. L’enjeu n’est pas de mettre un document de plus en circulation, mais d’utiliser ces fiches comme outil de dialogue lors d’un rendez-vous. Retrouvez bientôt sur notre chaîne Soundcloud l’enregistrement lié à cet événement… en attendant, vous pouvez écouter les autres débats 😊 Sept fiches calées sur les compétences des collectivités locales et territoriales Alexandre Bourbonnais rappelle d’où vient l’outil. En 2019, le groupe Danse avait produit un document, Plan pour la danse — pour un réaménagement chorégraphique territorial. Son travail de mise à jour a abouti au livret Ce que peut la danse — 20 propositions pour un aménagement chorégraphique territorial, présenté à l’Agora de Montpellier. Le livret a redonné une assise et une structure au propos. À côté de lui, les cartes-fiches sont un objet d’une autre nature : un outil d’aide à la discussion, conçu pour établir ou faciliter le dialogue avec des élu·es, municipaux surtout. La rencontre du 9 juillet ouvre l’acte II de la campagne « Ce que peut la danse » : après le texte, la prise en main. L’enjeu est de renouer, ou de réinventer, le dialogue avec les collectivités, et l’outil se veut d’abord un activateur de rendez-vous. Le set peut être laissé à l’issue d’une rencontre, mais pas envoyé sans perspective d’un échange au cours d’un rendez-vous.Au recto, les axes principaux suivent les compétences des collectivités : la santé, en trois volets — physique, mentale, bien-être —, la cohésion sociale, l’éducation, l’attractivité des territoires et la pluralité des formes chorégraphiques, parce que « la danse n’est pas seulement une ballerine sur un grand plateau ». Au verso, des arguments qui consolident chaque thème. Le terme « jeu de cartes » a d’ailleurs été écarté en cours de route : personne ne se voyait aller jouer aux cartes avec des élu·es. L’illustration par deux exemples et quatre récits Donner corps à tout cela, ce soir-là, consistait à dérouler un projet par thématique. Après une brève présentation, Mélanie Perrier annonce la fiche, énonce les arguments du verso « engage la coopération entre les acteurs de la ville, favorise l’intergénérationnel, initie la participation citoyenne, fabrique du lien entre les acteurs éducatifs, sociaux et médicaux » puis demande par quel angle la question sera prise. Premier exemple, premier projet : la cohésion sociale. Emmanuelle Jouan expose d’abord la spécificité du Théâtre Louis Aragon à Tremblay-en-France, dont les aides sont principalement fléchées sur la danse, avec plusieurs artistes associé·es qui imprègnent le territoire par leur présence. Alix Bouyer enchaîne sur le projet lui-même : Voilà les femmes, mené au long cours avec des femmes de 18 à 80 ans venues de foyers d’hébergement d’urgence, d’associations de victimes de violences, ou aidantes auprès de proches malades. Ce projet a eu un effet direct et très positif sur la vie d’une participante, Awa, qui accompagnée d’une travailleuse sociale puis revenue seule, devait présenter, pour sa naturalisation, quelque chose qui fonde une légitimité. Elle a choisi de parler du projet et de son rapport à la culture artistique en France. Sur la santé, Anne-Claire Chaptal, secrétaire générale de la Maison Danse CDCN, commence par le contexte : la structure n’a pas de lieu, elle travaille en itinérance, son projet consiste à « aller vers ». Uzès compte 8 500 habitant·es et un hôpital psychiatrique de 340 lits et 740 soignant·es, un hôpital de jour et un centre d’accueil thérapeutique à temps partiel. « Une ville dans la ville. » Le projet y est né en 2003, soutenu par le dispositif Culture à l’hôpital, devenu le dispositif Culture Santé de la DRAC et de l’ARS. Il s’est étendu aux enfants en 2013, aux adolescent·es depuis deux ans, et il est porté par les artistes associé·es de la maison. La journée type : un café, un temps de partage chorégraphique où chacun·e propose un geste que le groupe retient pour en faire une danse collective, un repas dans la cantine de l’hôpital, normalement réservée aux soignant·es, une sieste de dix minutes, puis des ateliers l’après-midi. Anne-Claire Chaptal raconte son propre étonnement en arrivant : elle s’attendait à des corps restreints, refermés, elle a trouvé des danseur·ses qui prennent des risques. Les effets qu’elle décrit tiennent à cela. « On ose ici, donc on peut oser ailleurs. » Les sorties mensuelles au spectacle apprennent que ces lieux ne sont pas réservés aux élites, et depuis peu, trois patient·es par an sont bénévoles du festival. Les soignant·es et les médiatrices dansent avec les patient·es : « cette horizontalité », précise-t-elle, compte autant que le reste. Elle lit ensuite le texte de Nicolas Martinez, qui participe depuis seize ans. Il raconte qu’il était « hermétique à tout », que la rencontre avec des danseur·ses contemporain·es « ne se prenant pas au sérieux » a fait choc, et qu’« il n’y avait plus alors ni soignants, ni patients, ni danseurs, mais un groupe ». L’hôpital, écrit-il, est « le miroir grossissant de la société ». Il conclut que « la culture soigne », et qu’elle l’a rapproché d’une citoyenneté nouvelle. François Veyrunes, compagnie 47-49, nomme explicitement l’argument qu’il retient : l’autonomie (développe la mobilité et l’autonomie des plus âgés), qu’il relie au libre arbitre et à la capacité de se déterminer soi-même. Il l’adosse à l’article 13 du préambule de la Constitution de 1946, qui garantit à chacun l’accès à l’art, à la culture et à l’éducation. Son projet est né en 1992, sans aucun dispositif : une danseuse voulait faire un duo avec sa grand-mère, ils sont allés à l’hôpital, l’atelier dure depuis. C’est là qu’un homme, de loin, regardait la séance depuis son fauteuil roulant. Semaine après semaine, il s’est rapproché, a pris un déambulateur, est entré dans le cercle, l’a posé, et l’a traversé. « Il a décidé », résume François Veyrunes, « il a pris le risque,
Ce que peut la danse : un plaidoyer, des outils, des débats – lancement le 24 juin à Montpellier
Avec une multitude d’acteurs du secteur chorégraphique, nous lançons une campagne et un plaidoyer en 20 propositions pour redonner à la danse la place qu’elle mérite dans les politiques publiques. Présentation le 24 juin à Montpellier Danse. La danse remplit les salles. Elle s’invite à l’école, à l’hôpital, sur les places des villages, dans les studios et jusque sur les réseaux sociaux. Elle se pratique à tous les âges, partout, par des millions de personnes. La France est une terre de danse, et cela se voit. Pourtant, dans les programmations, on la voit de moins en moins. Pourtant, auprès des élu·es, on la connaît mal. Le champ chorégraphique traverse une crise qui n’a rien d’un accident passager : elle est structurelle, profonde, et elle fragilise tout l’écosystème : des équipes artistiques aux lieux en passant par les réseaux. La danse ne disparaît pas d’un coup. Elle s’efface doucement et silencieusement des priorités des politiques culturelles. C’est précisément ce mouvement que nous voulons enrayer ! D’un plan à une refondation En 2020, déjà, le secteur tirait la sonnette d’alarme. Une tribune, puis un premier « Plan en faveur de la danse » élaboré avec l’A-CCN, l’A-CDCN, LAPAS et Chorégraphes associé·es, présenté à la Délégation à la danse du ministère de la Culture et partagé à Avignon en 2021. Six ans plus tard, le constat s’est aggravé. Alors le ton change. Il ne s’agit plus seulement d’alerter : il s’agit d’engager une refondation, et de l’engager maintenant. Pour y parvenir, une démarche collective de grande ampleur a réuni artistes, chorégraphes, équipes, festivals, CCN, CDCN, scènes nationales et conventionnées, chercheur·euses, syndicats et institutions. Un séminaire national, organisé en mai 2026 au Théâtre Louis Aragon, est venu enrichir et actualiser cette réflexion. De ce chantier est né un livret-plaidoyer : « Ce que peut la danse – 20 propositions pour un aménagement chorégraphique territorial ». La danse n’est pas qu’une affaire de culture Voilà le cœur de l’argument. La danse touche à l’éducation et à la jeunesse. À la santé publique et au bien-être. À l’inclusion sociale, à l’égalité, à la recherche, à l’aménagement du territoire. Elle est à la croisée de tout cela. Une politique de la danse digne de ce nom ne peut donc pas rester l’affaire d’un seul ministère. Elle doit être transversale, ambitieuse, interministérielle. C’est tout le sens de la première proposition du plaidoyer : un Plan national interministériel pour la danse associant l’État, les collectivités territoriales et l’ensemble des ministères concernés. 20 propositions, trois grandes priorités Le livret déroule un diagnostic en trois temps : la danse au cœur de la société, de l’œuvre à la permanence artistique, repenser les circulations dans les territoires, avant de le synthétiser en vingt propositions concrètes, déclinées à court et à long terme. Trois priorités s’en dégagent : Une politique nationale ambitieuse : rééquilibrer durablement les financements, sécuriser les moyens des structures et des compagnies, simplifier l’action publique, et porter une attention réelle aux territoires ruraux et ultramarins. Une danse mieux diffusée, partout : généraliser des dispositifs comme « Danses en territoires », créer des programmes de chorégraphes associé·es, renforcer le rôle des CCN et des CDCN, inscrire une véritable « compétence danse » dans les contrats d’objectifs des scènes. Parce qu’aujourd’hui, le déséquilibre est criant : en 2023, la danse ne pesait que 19 % de la programmation des artistes associés en scènes nationales, contre 46 % pour le théâtre. Des parcours reconnus et sécurisés : construire un continuum de soutien aux auteur·ices-chorégraphes, de la recherche à la transmission. Créer un référentiel métier du chorégraphe. Mieux rémunérer les interventions artistiques et réformer les statuts pour reconnaître enfin tous les temps de travail. en quelques chiffres Ils disent l’essentiel. La danse ne représente que 4 % des représentations du spectacle vivant et 5 % du public. Les crédits dédiés aux résidences chorégraphiques ont reculé de 24 % entre 2021 et 2024. La part des femmes à la direction des CCN reste toujours très faible (16%) et n’a pas évolué depuis 2018. Une création foisonnante, des publics au rendez-vous et des moyens qui se contractent. L’écart est devenu intenable. FAIRE SAVOIR ET CONVAINCRE AvANT LES ÉCHÉANCES ÉLECTORALES À un an de la présidentielle, à l’approche des législatives, le moment est choisi. Le plaidoyer s’adresse aux responsables publics, aux ministères, aux collectivités et aux élu·es des territoires. Il ne se contente pas de décrire un problème : il propose des leviers, des dispositifs, des engagements partagés. Autour de ce livret, deux autres outils viendront prolonger le dialogue : une série de 10 cartes à destination des élu·es et technicien·nes, présentée au Festival d’Avignon le 9 juillet, et plusieurs ouverts au grand public, partout en France au cours de second semestre 2026. Trois rendez-vous, un même mouvement. Faire connaître, faire reconnaître, et bâtir ensemble une politique à la hauteur de ce que peut la danse. Rendez-vous le mercredi 24 juin, de 15h à 16h30, salle Béjart (Agora, Cité internationale de la danse à Montpellier), pour la présentation du livret dans le cadre du Festival Montpellier Danse. 🎟️ inscription : pro@agora-cid.com Le livret sera disponible sur place, à emporter et à faire circuler.
Une mobilisation collective pour l’avenir du champ chorégraphique
Fragilisation des réseaux, précarité économique, déficit de reconnaissance institutionnelle : le secteur chorégraphique se structure pour répondre à une période de tensions sans précédent. UN SÉMINAIRE NATIONAL C’est dans cette perspective que nous avons organisé avec d’autres associations une journée de réflexions et d’ateliers un séminaire le 11 mai dernier au Théâtre Louis Aragon. Ce temps de travail avait pour ambition de formuler des propositions concrètes à destination des partenaires institutionnels, dans la perspective des prochaines échéances présidentielles. Ces propositions s’adressent au ministère de la Culture ainsi qu’aux collectivités territoriales, mais également à d’autres ministères concernés — notamment ceux de la Santé, du Travail et de l’Éducation Un travail engagé depuis plusieurs années Cette démarche s’inscrit dans la continuité d’un travail inter-associatif et intersyndical engagé dès 2021, réunissant le SYNDEAC, l’ACCN, l’A-CDCN, LAPAS et Chorégraphes Associés autour de l’élaboration de propositions en vue d’un « Plan pour la danse ». Ces réflexions faisaient elles-mêmes suite à une démarche prospective initiée par le groupe de travail Danse du Syndeac, notamment à travers une tribune publiée en 2020. Les propositions issues de ce travail collectif ont été présentées à la DGCA dans la perspective d’un « Plan pour la danse 2023-2033 », puis rendues publiques lors de nos journées professionnelles à Avignon en juillet 2021, à travers le document Plan pour la danse : un aménagement chorégraphique du territoire. Aujourd’hui, cette dynamique s’élargit à de nouveaux acteurs et opérateurs du champ chorégraphique. De la concertation élargie à la restitution Cette démarche rassemble une grande diversité d’acteurs — artistes, programmateurs, administrateurs, chorégraphes, CCN, CDCN, scènes nationales, festivals, syndicats et associations professionnelles — auxquels s’associent des représentants d’institutions nationales telles que le Centre national de la danse, la Réunion des Opéras de France, Thalie Santé, l’Association des Chercheurs en danse, Entredanse, Sillage/s ou l’Office national de diffusion artistique. Le Syndeac déploie donc la campagne « Ce que peut la danse » pour mieux faire connaître l’ampleur de la danse aujourd’hui et défendre une politique publique ambitieuse, transversale et territoriale, à partir du plaidoyer de 18 propositions porté avec l’ensemble du secteur, présenté au Festival Montpellier Danse le 24 juin 2026. Autour de ce plaidoyer, deux outils viennent déployer et renforcer le dialogue avec les élu.es et le grand public, et mettre en lumière la danse aujourd’hui : 10 cartes pour sensibiliser élus et techniciens, présentées à la Belle Seine-Saint-Denis le 9 juillet 2026, et plusieurs débats pour ouvrir la discussion au grand public à partir du second semestre.
Plan pour la Danse