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Table ronde à l’Assemblée nationale : le Syndeac alerte sur l’empilement de menaces

Claire Guièze, co-présidente du Syndeac était auditionnée par les membres de la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale dans le cadre d’une table ronde, réunissant les représentants de Scène Ensemble, du Synavi et de l’association des scènes nationales.

La présence massive des parlementaires, très nettement mobilisés, nous a permis de faire passer un message clair : l’empilement des menaces, budgétaires, écologiques, numériques, démocratiques nécessitent un soutien fort des pouvoirs publics : État comme collectivités territoriales.

Nous avons rappelé les fondamentaux qui font aujourd’hui la qualité d’un service public plébiscité par les citoyens et citoyennes.

En mettant l’accent sur la réussite du maillage territorial, des salles pleines partout sur le territoire, et sur le travail quotidien des artistes dans la création et la diffusion d’oeuvres, et les actions d’éducation artistique sur les territoires nous faisons une demande forte : une politique publique ambitieuse, un soutien renforcé et de la lisibilité.

PRISE DE PAROLE DU SYNDEAC

Le Syndeac, et l’ensemble des organisations professionnelles ici représentées souhaitent tout d’abord vous remercier pour ces propos liminaires et pour l’organisation de cette table ronde, que nous estimons fondamentale dans le contexte dégradé dans lequel évolue le service public de la culture.

Je suis Claire Guièze co-présidente du syndicat national des entreprises artistiques et culturelles. Le Syndeac est le premier syndicat des entreprises culturelles du spectacle vivant public, il rassemble 537 adhérents (247 lieux de spectacle et 290 compagnies) dans tous les champs artistiques du spectacle vivant. Il a un rôle central et historique, dans la défense et la promotion du spectacle vivant, l’accès à la culture, la transmission, l’éducation artistique et culturelle.

Si l’intitulé de notre table ronde est la situation du théâtre public ; il me semble nécessaire de rappeler pour la cohérence de mes propos que les enjeux et fragilité que traverse le théâtre sont similaires à l’ensemble du secteur du spectacle vivant public toutes disciplines confondues. À ce titre je commencerai mon propos liminaire par un court état des lieux de la situation de notre secteur qui, je le crains, ne surprendra personne puisque nous assistons à une accélération des mécanismes de fragilisation du secteur.

Depuis la crise sanitaire nous sommes confrontés à des injonctions paradoxales qui animent le quotidien de nombreux professionnels. Dans un contexte de brutalisation et de polarisation de la société, d’instabilité géopolitique, les Français et Françaises n’ont jamais autant plébiscité le service public de la culture. Les chiffres d’audience du service public aussi bien de l’audiovisuel que les chiffres de billetterie du spectacle vivant public le prouvent.

Dans le même temps et c’est là où se loge le paradoxe, notre secteur d’activité n’a jamais été dans une situation d’aussi grande vulnérabilité, confronté à un empilement de menaces. Notre secteur est au bord de la rupture avec :

Des menaces budgétaires d’abord.

La loi de finances 2026 a entériné une diminution de plus de 200 millions d’euros de la mission culture, mission à laquelle sont rattachées les structures culturelles que nous représentons aujourd’hui. Les baisses de dotations des collectivités que nous dénonçons de concert avec les associations d’élus se répercutent également massivement sur les budgets alloués à la politique culturelle.

Les disponibles artistiques fondent, le nombre de titres par saison également, les actions de territoires sont affaiblies.

C’est ainsi l’emploi des artistes, des techniciens et techniciennes qui se précarise et disparait. Cette situation conduit à l’accélération du plan social à bas bruit que nous dénonçons dans notre syndicat et avec l’intersyndical unitaire depuis 2024.

Des menaces climatiques ensuite.

N’étant pas exempt des mutations profondes qui traversent notre société, notre secteur prend sa part dans la mutation écologique et embrassent ces questions. Avec là encore des injonctions paradoxales : celles de faire, de faire vite, de faire bien mais sans moyens.

Les menaces numériques

Marquées par l’essor rapide des usages de l’intelligence artificielle, qui s’accompagne d’un processus d’adaptation législative et réglementaire encore lent.

Enfin, une dernière, la menace démocratique

Le constat est clair : la culture ne fait plus aujourd’hui l’objet d’un consensus politique comme ce fut le cas durant les 60 dernières années, nous n’avons pu que le constater dans le cadre de la dernière campagne des élections municipales !

À l’occasion de l’année Malraux initiée par le ministère cette année, se pose la question de son héritage réel. Au-delà des discours officiels, il s’agit d’évaluer la solidité et la durabilité de la décentralisation culturelle, de la démocratisation culturelle, de la pérennité du maillage territorial que le monde entier nous envie ainsi que la volonté politique de continuer à soutenir les artistes.

Le constat est dur mais il est encore temps d’agir.

Cela suppose des choix clairs, politiques et je veux ici conclure par quelques propositions.

Premier impératif : préserver l’existant

Et donc garantir les moyens d’une politique culturelle ambitieuse, accessible, et structurante pour notre société, la loi de finances 2027 sera, à cet égard, déterminante. Le secteur ne pourra souffrir d’aucune diminution de crédits supplémentaires au risque de condamner définitivement son héritage et le maillage territorial tel qu’il a été travaillé et soutenu durant les dernières décennies.

Deuxième impératif : la protection de l’emploi

Et j’entends par là le maintien et le refinancement de l’unique dispositif de soutien à l’emploi de notre secteur le Fonpeps ainsi que la préservation des annexes 8 et 10 de l’assurance chômage, essentielles à l’équilibre de notre écosystème.

Troisième point : 

 la défense explicite et réaffirmée de la liberté de création et de programmation telles que définies dans la loi LCAP de 2016.

Mesdames et Messieurs les députés, la profession est aujourd’hui inquiète et elle a de bonnes raisons de l’être. Les menaces sont multiples, profondes, et désormais systémiques. La question qui vous est posée est simple, mais fondamentale : quelle place voulons-nous accorder à la culture dans notre société ?

Car derrière cette question, il y en a une autre : comment voulons-nous faire société, ensemble ?

La culture ne peut pas rester à la périphérie du débat public. Elle doit en redevenir un pilier.

Je vous remercie.

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