ACCN | Discours d’Olivia Grandville Ă  l’occasion des 40 ans des CCN

40 ans des CCN

L’Association des centres chorĂ©graphiques nationaux a fĂŞtĂ© la semaine dernière, les 40 ans de la crĂ©ation des CCN. A cette occasion, Olivia Grandville a prononcĂ© un discours particulièrement fort, que le Syndeac relaie auprès de tous ses membres et au-delĂ . La place et le rĂ´le du secteur chorĂ©graphique reste au coeur des prĂ©occupations syndicales. Olivia Grandville Ă  l’occasion des 40 ans des CCN | ©️ David Fritz Goeppinger Bonjour Ă  toutes et Ă  tous Il y a 10 ans au moment de la cĂ©lĂ©bration des 30 ans des CCN, le programme Ă©tait festif, foisonnant, exclusivement chorĂ©graphique et je ne pense pas qu’il ait donnĂ© lieu Ă  quelques tables rondes ni auto-Ă©valuations que ce soit. Aujourd’hui l’atmosphère n’est pas qu’à la fĂŞte.  En 10 ans les temps ont considĂ©rablement changĂ©, pour le meilleur souvent, Ă  travers les multiples questions qui agitent et refondent les valeurs de la sociĂ©tĂ©, mais pas que.  L’heure est Ă  l’inquiĂ©tude et le monde de la culture n’y Ă©chappe pas au vu des rĂ©centes coupes claires dont le secteur est victime dans dĂ©jĂ  deux rĂ©gions. Alors 40 ans, c’est l’âge des bilans, et l’occasion aussi de se souvenir du contexte qui a vu naĂ®tre ces institutions en 1984 Ă  la faveur d’un grand mouvement d’espoir pour l’art et la culture, un vent joyeux qui a soufflĂ© pendant un peu plus de 10 ans au tournant des annĂ©es 80, portĂ© par une vision politique qui voulaient inviter, je cite : « tous les hommes et les femmes de culture Ă  venir partager leur savoir, Ă  s’associer plus que jamais Ă  la vie de la communauté… », pensant que « La citĂ© tout entière en serait changĂ©e, et peut-ĂŞtre mĂŞme le sens profond de la politique ». Ă€ la suite de ce discours de François Mitterrand et de la nomination de Jack Lang, le budget de la culture a doublĂ©, celui consacrĂ© Ă  la danse a Ă©tĂ© multipliĂ© par 4 et les 12 premiers Centres chorĂ©graphiques nationaux ont Ă©tĂ© créés dans un paysage qui comptait alors environ 80 compagnies rĂ©pertoriĂ©es, toutes esthĂ©tiques confondues. Elles sont aujourd’hui presque 600, et les CCN ne sont passĂ©s qu’au nombre de 19, dont 3 femmes directrices contre 2 Ă  l’époque. Les Centres dramatiques nationaux, eux, sont aujourd’hui 38, leurs missions, je cite : « des lieux oĂą peuvent se rencontrer et s’articuler toutes les dimensions du théâtre : la recherche, l’écriture, la crĂ©ation, la diffusion, la formation. » Celles des CCN est en premier lieu, je cite encore « de permettre la recherche et l’expĂ©rimentation et de participer au renouvellement des formes chorĂ©graphiques. » Il s’agit surtout de ne pas l’oublier, mais nous attendons toujours la suite. Ce travail de renouvellement des formes chorĂ©graphiques, nous l’avons fait. Ă€ la faveur de cet Ă©lan, la France est devenue un carrefour des cultures chorĂ©graphiques internationales, une terre d’accueil, dont tĂ©moigne le foisonnement stylistique qui occupe les plateaux d’aujourd’hui, rendant obsolètes les anciennes nomenclatures : classique, contemporain, hip-hop…Il serait Il serait d’ailleurs temps de cesser d’avoir peur de nommer les choses et de montrer autant d’inventivitĂ© dans la manière de dĂ©finir nos esthĂ©tiques que la musique qui voyage de l’ambiant techno au latin-metal en passant par le minimalisme punk ou le disco expĂ©rimental….Toutes les danses c’est bien, mais il est quand mĂŞme bon de savoir de quoi l’on parle, sous peine de tout uniformiser. La danse est polymorphe en effet et elle est partout.  La première image qui accueille le voyageur dĂ©barquant Ă  l’aĂ©roport d’Orly est une image de danseur, de mĂŞme sur le fronton de la bourse de Paris. Car la danse est super « vendeuse » ! Les publicitĂ©s des marques de luxe sur les murs du mĂ©tro affichent des mises en scène chorĂ©graphiques et on a pu voir le rĂ´le majeur qu’elle a occupĂ© dans la cĂ©rĂ©monie d’ouverture des Jeux Olympiques. En rĂ©alitĂ© depuis 40 ans que les actrices et les acteurs du monde chorĂ©graphique Ĺ“uvrent auprès des habitants ; en banlieue, en zone rurale, en ville ; des Ă©coles primaires aux lycĂ©es, des universitĂ©s aux hĂ´pitaux, des comitĂ©s d’entreprise aux associations, des prisons aux scènes de théâtre ; la danse s’est infiltrĂ©e partout, par le web, les rĂ©seaux, dans toutes les rĂ©alitĂ©s sociales. Nous crĂ©ons sans cesse du lien et des valeurs Ă©mancipatrices. Mais attention, nous ne sommes pas non plus des animateurs culturels ni des influenceuses de produits, il ne faudrait pas que la grande gĂ©nĂ©rositĂ© de la danse se retourne contre elle et viennent Ă©tayer certains discours rances contre une culture jugĂ©e trop exigeante pour le soi-disant goĂ»t populaire, qui a surtout bon dos.   Et d’ailleurs le mot culture est restĂ© le grand absent des dĂ©bats politiques, sauf Ă  dĂ©tourner la notion de droits culturels pour mieux en exclure certaines. Et plus rare encore que le mot culture, ce sont les termes de crĂ©ation, crĂ©atrices, chercheurs qui frappent aujourd’hui par leurs absences. Car avant de parler de culture encore faut-il qu’elle s’invente et se crĂ©e. Pour qu’il y ait patrimoine et matrimoine, encore faut-il hĂ©riter de quelque chose. C’est pour cela qu’il existe des chercheuses, des scientifiques, des inventeurs de tous poils. C’est pour cela qu’il existe la recherche fondamentale et non pas uniquement la recherche appliquĂ©e et c’est pour cela qu’il existe des artistes. Penser la culture avant de penser l’art, c’est-Ă -dire la crĂ©ation, c’est comme penser le pain avant le blĂ©, ça n’a juste aucun sens ! S’il existe des musĂ©es et des conservatoires, il faut aussi qu’il y ait aussi des transformatoires, c’est-Ă -dire des espaces dont la fonction n’est pas seulement de perpĂ©tuer une mĂ©moire mais d’inventer les formes et les artistes de demain, de crĂ©er la mĂ©moire du futur. S’il existe des musĂ©es et des conservatoires, il faut aussi qu’il y ait aussi des transformatoires, c’est-Ă -dire des espaces dont la fonction n’est pas seulement de perpĂ©tuer une mĂ©moire mais d’inventer les formes et les artistes de demain, de crĂ©er la mĂ©moire du futur. Les CCN ont Ă©tĂ© ces transformatoires pour la danse, Ă  tel point que