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Pour un nouveau pacte républicain

Le spectacle vivant public se trouve dans une situation de décrochage historique.

Le paradoxe, c’est que les salles de spectacle et les festivals n’ont jamais accueilli autant de public. Les œuvres n’ont jamais autant circulé. Les artistes n’ont jamais autant reflété la diversité des récits, des territoires et des expériences qui composent notre société. Le spectacle vivant démontre sa capacité à produire du lien, de la réflexion et du débat dans une époque dominée par les logiques de fragmentation et les interactions virtuelles.

Et pourtant, les conditions qui rendent cette vitalité possible n’ont jamais été aussi violemment attaquées : coupes budgétaires inédites dans leur ampleur et leur brutalité, annulations de spectacles pour des raisons politiques, remise en cause de la liberté de création pourtant garantie par la loi, développement de formes d’autocensure nourries par des pressions de plus en plus assumées.

Nous assistons aujourd’hui à une destruction méthodique des capacités de création, de production et de diffusion des œuvres et, derrière elles, du modèle culturel français lui-même.

Pourtant, les emplois de la culture sont non délocalisables. Ils sont présents partout sur le territoire. Ils participent directement à la vitalité économique, sociale et démocratique des villes, des quartiers, des métropoles comme des espaces ruraux. Et les festivals, qui sont aujourd’hui une des fiertés culturelles de notre pays, sont une démonstration évidente de ce que la culture peut avoir comme impact sur la vitalité d’un territoire.

Or, sans les équipes artistiques et les scènes publiques, aucun festival n’est possible. Si ces manifestations peuvent encore se tenir cet été, c’est parce que ces structures le permettent. Car les festivals ne produisent pas seuls les œuvres qu’ils présentent. Ils dépendent des accueils en résidences, des coproductions et des investissements réalisés, ailleurs, tout au long de l’année.

C’est précisément cet écosystème qui est attaqué. Et les festivals ne pourront se dérouler sans se faire l’écho de cette réalité.

L’État qui devrait être le garant de l’égalité territoriale et d’une ambition culturelle nationale, demeure trop souvent silencieux face à ces attaques. Pire, il y contribue en baissant ses crédits violemment. Cela ne répond à aucune logique, quand on sait que la culture représente moins de 70 centimes sur 100 euros de dépenses publiques. 0,7% : une part infime au regard des débats qu’elle suscite et dérisoire au regard des effets qu’elle produit.
À l’heure où les démocraties sont confrontées à la montée des extrêmes droites, à la fragmentation du débat public et à la défiance généralisée, nous affirmons qu’affaiblir ces institutions constitue une erreur historique.

Nous refusons donc d’être les exécutants de décisions et de renoncements que nous condamnons.

Nous refusons que les directrices et directeurs de lieux, les responsables de festivals et les équipes artistiques soient chargés d’arbitrer quels emplois devront disparaître, quels projets devront être abandonnés ou quels artistes ne pourront plus être accompagnés, sans avoir jamais été associés aux décisions qui conduisent à ces choix.

Sauvegarder ce patrimoine de la création, constitué de scènes publiques et de compagnies implantées sur les territoires, ne consiste pas seulement à entretenir des bâtiments, ou à préserver une offre culturelle. L’essentiel est de renouer avec la conviction que l’art et la culture représentent une force agissante dans notre démocratie, qui permet aux personnes, dans leur ensemble et leurs diversités, d’échapper à toute forme d’aliénation à une pensée unique.

Alors que nous traversons une crise politique et économique majeure et que les prochaines échéances électorales seront décisives, nous affirmons l’urgence de mettre en place une large concertation qui permettra de redonner du sens et un cap à notre service public.

À cette fin, nous demandons la mise en œuvre immédiate d’un moratoire sur les réductions budgétaires affectant le spectacle vivant. C’est la condition sine qua non de la réalisation d’un diagnostic sérieux préalable à toute réflexion et toute nouvelle décision.

Nous demandons ensuite, au Premier Ministre, la création d’une cellule de crise interministérielle chargée de coordonner l’action de l’ensemble des ministères concernés par la transversalité de la politique culturelle (Culture, Éducation nationale, Économie, Cohésion des territoires, Intérieur, Tourisme, Travail). Cette commission aura pour objectif de proposer, en concertation avec les organisations professionnelles, un nouveau pacte républicain capable de soutenir une refondation ambitieuse de notre politique culturelle.

Nous demandons également la mise en place d’une conférence permanente associant l’État, les collectivités territoriales et les représentants du secteur culturel. Les collectivités sont aujourd’hui les premiers financeurs de la culture. Elles doivent être pleinement associées à la définition d’une stratégie nationale et à la préservation d’un bien commun qui dépasse largement les frontières administratives de chaque territoire.

Nous demandons enfin que ces concertations conduisent à l’ouverture d’un plan national de refinancement du service public de la culture.

Ce plan devra s’appuyer sur l’engagement de l’État au travers d’une hausse de son budget pour la culture, sur un desserrement des contraintes pesant sur les collectivités territoriales et sur de nouveaux leviers de financement : territorialisation du mécénat afin que les richesses créées localement bénéficient davantage au financement du service public de la culture dans les territoires ; création d’un fonds exceptionnel de sauvegarde du spectacle vivant ; renforcement des mécanismes de solidarité entre territoires ; soutien accru à la diffusion et à la circulation des œuvres ; défense active de cet écosystème à l’échelle européenne.

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