Si la crise servait l’égalité ?

 

Texte rédigé par Edouard Chapot, Directeur du Théâtre 14, élu au Conseil national 

 

Remarquons un premier effet positif à la crise de la Covid-19, nous découvrons enfin une égalité de traitement entre les hommes et les femmes ! Habituées des attentes, des reports, des annulations, des remplacements, les hommes font en ce moment l’expérience du quotidien des femmes artistes ! 


La crise que nous traversons bouleverse les programmations des théâtres : profitons-en pour les réinterroger, profitons-en pour rebattre les cartes et le premier effort est de compter : Combien de metteuses en scène sur les plateaux ? Combien d’autrices dans la saison ? 


Les annonces gouvernementales sur la réouverture ne viennent pas. Tandis que nous les attendons pour déterminer combien de créneaux disponibles il restera une fois les reports faits, profitons-en pour découvrir ce que les metteuses en scène créent, nous avons le temps ! Une deuxième vertu à la crise. 


Enfin, la crise met au jour un système économique de surproduction, essentiellement masculine. Allégeons, rééquilibrons les forces de production et finançons, programmons des œuvres de metteuses en scène. Une troisième et dernière vertu à la crise ! 


Le théâtre est le lieu de la représentation mais lorsqu’il est invisible, que représente-t-il encore, comment même prétendre qu’il représente quelque chose ? Il ne représente pas, il répète. Il répète des schémas anciens et dépassés dans lesquels les spectateurs ne se reconnaissent pas. Il répète un modèle paternaliste dans lequel l’homme parle à l’homme. 


Et pourtant il ne vient à l’esprit de personne de penser qu’un auteur, un metteur en scène ne s’adresse qu’aux hommes. Le parallèle est vrai, une autrice, une metteuse en scène ne s’adressent pas qu’aux femmes.


Rendre paritaires les programmations, rendre paritaires les nominations, rendre paritaires les moyens de financement n’est pas une punition faite aux hommes ni une largesse faite aux femmes, c’est un cadeau pour tous, et en premier lieu pour les spectateurs et les créateurs de demain. Une manière d’appréhender le monde dans sa totalité, de raconter toutes les facettes d’une histoire, permettre la pluralité des discours et la diversité des points de vue et des représentations. 

 


Aujourd’hui cette diversité se force, elle se brusque et se compte, dans les écoles d’abord, dans les répartitions des financements ensuite, dans les pages des brochures, dans le choix des associations d’artistes et enfin dans les nominations. 


Et lorsque nous n’aurons plus à compter, nous n’aurons plus à écrire. 


Edouard Chapot, Directeur du Théâtre 14, élu au Conseil national 

 


Photo de Thomas Faverjon

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